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Rencontre avec Boris Chaumette

Boris Chaumette est psychiatre dans le service hospitalo-universitaire et chercheur au sein de l’équipe Physiopathologie des maladies psychiatriques, pilotée par le Pr Krebs, dans l’unité INSERM basée sur le site Sainte-Anne du GHU Paris. A ce titre, il est affilié à la fois au GHU Paris, à l’université Paris Descartes, et à l’Inserm, au sein de l’Institut de Psychiatrie et Neurosciences de Paris (IPNP).

Ses recherches portent sur la détection et la prévention de la schizophrénie chez des individus présentant déjà le risque de voir la maladie se manifester. Dans ce cadre, il analyse et interprète les phénomènes génétiques et épigénétiques impliqués dans l’apparition de cette pathologie.

Ce que l’on sait

Certains symptômes évocateurs d’un risque d’évolution vers une schizophrénie peuvent être identifiés dès l’adolescence. Lorsqu’ils sont présents, le risque est d’environ 30 % à 2 ans. On peut alors déjà lutter sur certains facteurs de risque connus comme favorisant « l’entrée » dans la schizophrénie, mais il n’existe pas à l’heure actuelle de thérapeutique préventive et les antipsychotiques ne fonctionnent pas à ce stade de la maladie.

Ce que l’on apprend

Pour Boris Chaumette et ses confrères, l’enjeu consiste d’une part à trouver de nouvelles cibles thérapeutiques médicamenteuses à visée préventive, et d’autre part à identifier des biomarqueurs qui aideraient à mieux prédire l’évolution de la maladie chez des individus présentant des symptômes potentiellement évocateurs de cette maladie psychiatrique.

A cet égard, l’investigation de marqueurs épigénétiques s’avère extrêmement instructive. Ceux-ci traduisent l’impact de l’environnement et modifient les régulations biologiques sans modifier notre « code génétique », l’ADN. En effet, la quantité de protéines produite d’après notre ADN va dépendre d’un code épigénétique modulé par des facteurs environnementaux comme le niveau de stress, l’exposition à des drogues ou à des médicaments ou certains facteurs hormonaux. C’est au moment de l’adolescence que ces changements épigénétiques semblent les plus importants et pourraient contribuer à déclencher une schizophrénie.

Ce que ça change

Ces recherches permettront à terme de prévenir l’apparition de la maladie et ainsi accompagner le patient en lui offrant un meilleur suivi. De nouveaux médicaments pourraient être proposés pour cibler les anomalies biologiques identifiées dans la progression de la maladie. Cette stratégie s’inscrit dans une médecine de précision où les traitements devront être adaptés au plus tôt au profil du patient et à la phase de la maladie.

La recherche au sein du GHU Paris :

Un nouveau centre de recherche INSERM / Université Paris-Descartes –  l’Institut de Psychiatrie et Neuroscience de Paris (IPNP) –  a été inauguré fin 2018 après son installation dans le bâtiment réhabilité de la rue de la Santé. Il héberge 12 équipes de recherche dont quatre dirigées par des cliniciens du GHU. Cette proximité entre centre de recherche et sites hospitaliers est une rare opportunité d’interactions entre cliniciens et chercheurs, qu’ils soient ou non cliniciens. L’espoir est de faciliter une approche translationnelle bidirectionnelle : c’est-à-dire non seulement que les découvertes scientifiques puissent être appliquées de manière rapide et concrète au bénéfice des malades mais aussi, et surtout, que les projets puissent mettre à profit l’expertise clinique, notamment dans une meilleure définition des populations cliniques ou la génération de nouvelles hypothèses à tester. L’histoire a montré d’ailleurs que les découvertes thérapeutiques ont plus souvent suivi ce chemin. Dans tous les cas, la recherche translationnelle sera plus pertinente si elle s’appuie sur une clinique forte. La création de centres d’excellence ou de référence s’inscrit dans le sens, permettant d’identifier des besoins spécifiques, non ou insuffisamment couverts par les moyens donnés aux soins courants en psychiatrie, par exemple pour les pathologies résistantes, l’intervention précoce, les maladies rares à expression psychiatrique comme c’est aussi le cas dans le champ du neurovasculaire ou les troubles du comportement alimentaire. Cette double approche translationnelle demandera de créer de véritables lieux et opportunités d’interactions, au-delà d’une simple proximité, car le langage et la démarche de la clinique et de recherche ne sont pas les mêmes et demande un cheminement commun et une compréhension mutuelle. Cela demandera également de continuer la structuration des ressources pour la recherche clinique au niveau de l’établissement : centre de recherche clinique (CRC), Centre de ressources biologiques (CRB), plate-forme d’imagerie multimodale mais aussi épidémiologie et la bioinformatique. Aujourd’hui, l’amélioration des techniques d’exploration et de modélisation est à même de permettre une meilleure compréhension des processus complexes qui sous-tendent les pathologies du cerveau, y compris les pathologies psychiatriques. L’apport de neurosciences y est tout à fait crucial, avec les différents niveaux de lecture qu’elles proposent du plus complexe (connectivité fonctionnelle, neurosciences cognitives) au plus moléculaire (biomarqueurs diagnostiques ou prédictifs de réponse thérapeutique, nouvelles cibles thérapeutiques…) et en complément des sciences sociales, indispensables dans ce champ plus encore que dans d’autres spécialités. Notre challenge commun : profiter de ces expertises complémentaires pour développer une médecine personnalisée et intégrée en élargissant les ressources thérapeutiques à mettre à la disposition des populations parisiennes … et bien au-delà.