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Les sciences sociales au service du rétablissement et de l’inclusion: rencontre avec Tim Greacen

Tim Greacen, docteur en psychologie, est directeur du laboratoire de recherche de l’Établissement public de santé Maison Blanche à Paris, devenu GHU Paris psychiatrie &neurosciences depuis le 1er janvier. Son travail de recherche, comme ses activités associatives, porte essentiellement sur l’empowerment des citoyens en matière de santé et plus particulièrement l’empowerment des personnes vivant avec un trouble psychique : l’accès à la formation tout au long de la vie et à l’emploi pour les personnes souffrant de troubles mentaux, le parcours à travers le système de soins de personnes présentant une comorbidité psychiatrique/toxicomanie, la promotion de la santé mentale et l’accès aux soins pour les populations en situation d’exclusion sociale, la prévention et la promotion de la santé mentale en périnatal et chez les jeunes enfants, la prévention du VIH et l’éducation à la santé sexuelle des personnes handicapées mentales et psychiques, et la participation des usagers de la psychiatrie et de leurs proches aux actions de recherche et d’éducation pour la santé.

Le laboratoire de recherche de Maison Blanche a été créé le 19 décembre 2000 avec comme objectifs principaux de faciliter la mise en œuvre des projets de recherche de l’ensemble des équipes de l’établissement, d’une part et d’autre part, de favoriser la promotion et la réalisation d’études sur la santé mentale en milieu urbain, notamment dans les arrondissements dont s’occupent Maison Blanche à l’époque.
Au cours de ces 18 ans d’existence, le laboratoire a particulièrement mis en évidence l’apport des sciences sociales dans le domaine de la psychiatrie, et les perspectives qu’elles ouvrent pour les personnes vivant avec un trouble psychique et leurs entourages. En effet, les déterminants sociaux et psychosociaux jouent un rôle majeur dans la santé mentale. Un programme européen, le projet EMILIA, a par exemple montré l’impact significatif de l’accès à la formation tout au long de la vie et à l’emploi sur le bien-être et l’inclusion sociale de personnes vivant avec une psychose. Plus de deux cents personnes ont été suivies sur deux ans dans huit pays européens, dont la France avec la participation du laboratoire de recherche et les secteurs psychiatriques du nord-est parisien.
Le projet Un chez soi d’abord sur Marseille, Lyon, Toulouse et Paris a, pour sa part, démontré l’apport en termes de baisse du nombre de symptômes et de réduction des durées d’hospitalisation d’un programme expérimental qui propose un logement individuel et un accompagnement à des personnes sans domicile fixe souffrant d’une pathologie psychique sévère, en comparaison avec l’offre sanitaire et sociale habituelle. Dans le milieu du soins, le projet DAiP (Directives anticipées incitatives psychiatriques) avec l’équipe marseillaise qui a mené l’étude Un Chez Soi d’Abord, cherchera dès 2019 à évaluer l’impact sur l’alliance thérapeutique et la fréquence d’hospitalisations sous contrainte, d’un travail de rédaction par la personne ayant un trouble psychique grave de directives anticipées.

La prévention et la promotion de la santé mentale sont aussi des domaines où les sciences sociales ont un rôle clef à jouer. Le projet CAPEDP a montré l’impact positif sur la santé mentale de l’enfant, d’une intervention à domicile chez des familles en situation difficile par des psychologues spécifiquement formé(e)s et proposant un soutien personnalisé. Le programme européen PROMISE qui s’est déroulé en partenariat avec le service de formation continue et sur dix autres sites européens, a expérimenté et développé des formations des usagers et des professionnels du sanitaire et du social sur la promotion de la santé mentale.

L’inclusion sociale dans une politique de soins qui vise le rétablissement en santé mentale a des implications importantes pour les services psychiatriques eux-mêmes. La reconnaissance de la contribution possible de l’usager en tant qu’expert d’expérience, et son recrutement dans les services, voire la création de services spécifiques qu’il gèrerait, sont aujourd’hui d’actualité, avec l’intégration des pairs-aidants et des médiateurs de santé pair dans les services de soins. Pour le laboratoire de recherche, la création d’une unité de recherche sur la formation, intègre de manière systématique la participation d’usagers formateurs dans la formation des professionnels sur le rétablissement, l’empowerment et l’inclusion sociale. Le principe : évaluer l’impact de ces formations expérimentales non seulement à la fin de la formation, mais aussi lors du retour des participants sur le terrain, pour ensuite faire évoluer les formations proposées. Les évaluations montrent systématiquement l’impact des usagers formateurs non seulement sur les professionnels à la fois du sanitaire et du médicosocial et du social.

L’ensemble de ces projets soulignent l’importance de prendre en compte la précarité, la violence et les inégalités sociales comme des déterminants majeurs des troubles psychiques mais aussi comme des déterminants majeurs du rétablissement. Mieux comprendre comment agir sur ces déterminants sociaux pour optimiser sa santé mentale est un des thèmes centraux du travail de l’équipe du laboratoire de recherche du GHU Paris.