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[VIDÉO SISM 2019] L’innovation en santé mentale avec Cynthia Fleury

Le spectre de l’innovation numérique

En introduction du colloque placé sous la double égide de la Ville de Paris et du GHU Paris, les organisateurs ont convié Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste, titulaire de la Chaire de philosophie à l’hôpital hébergée par le GHU, à poser un regard sur les liens entre innovation et santé mentale d’un point de vue conceptuel.

Ce « spectre de l’innovation » renvoie tant à la virtualité de l’objet, hologramme, avatar, ectoplasme moderne, qu’à l’extraordinaire univers des possibles qu’il recouvre, mais aussi à la menace qu’un mésusage ou des phénomènes de masse peuvent entraîner.  L’univers numérique, hyper-sollicitant, transforme le psychisme parce qu’il impacte l’attention, la perception, l’apprentissage. D’ici 2020, on recensera 80 milliards d’objets connectés. Le climax d’un univers panoptique où tout est « vu », sans qu’on en ait nécessairement conscience. Sans qu’on ait possibilité de s’en extraire, du moins facilement, non plus. Si ces outils contrôlent, indiquent, incitent à corriger, alertent, et dans le cas de la santé, monitorent, ils surveillent aussi. Cette surveillance est symétrique : chacun regarde l’autre, mis en scène ou non. Le numérique des réseaux sociaux, par le comparatisme permanent, renforce la faille narcissique de l’individu. Si ce système peut miner la confiance en soi, il peut aussi « hystériser le rapport à l’autre». Un univers qui produit du « réductionnisme de la pensée », tant les signes peuvent-ils être limités, et les faits décontextualises. Conjuguée à la simultanéité technique, cette situation est en passe d’invalider la prophétie Warholienne: aux 15 mn de gloire accessibles à tous dans la société du spectacle risquent de succéder les 15 minutes de diffamation propres à la société 2.0.

L’incapacité de maîtriser notre espace-temps crée un paradoxe : nous ne faisons plus « l’expérience » ; elle passe à travers nous. Les jeunes générations ont ainsi tendance à ne faire expérience qu’à condition de la « partager » : la récompense vient du clic de l’autre. « Technophile convaincue », Cynthia Fleury ne condamne pas les aléas du numérique mais recense les effets délétères à l’œuvre qui doivent nous amener à repenser notre rapport au virtuel pour en exploiter les aspects les plus efficaces et protecteurs de notre psychisme. La e-santé par exemple reconstruit le rapport soignant-soigné ; la réalité augmentée ouvre de nouveaux champs tout comme les applications mobiles.