Bannière du GHT Paris

[PUBLICATION] Cannabis et dérivés médicinaux : une consommation à risque sur les plans cognitif et psychiatrique à l’adolescence

D’après l’OFDT[1], 48 % des jeunes de 17 ans ont déjà consommé du cannabis et 8% des adolescents ont une dépendance problématique à cette drogue. Un utilisateur sur onze manifeste une dépendance, statistique qui passe au double lorsque que la première prise intervient à l’adolescence. 56 000 personnes ont été prises en charge dans les CSAPA (Centres de Soin, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie) *.

Une récente revue menée par le Professeur Marie-Odile Krebs, chef du Service Hospitalo Universitaire, le Docteur Oussama Kebir, psychiatre et dans le service d’addictologie « Moreau de Tours » du GHU Paris psychiatrie & neurosciences et le Docteur Thérèse Jay de l’Institut de Psychiatrie et Neurosciences de Paris confirme que la consommation de cannabinoïdes chez les adolescents et les jeunes adultes a un impact négatif à long terme sur le développement cérébral, qui peut être majoré en cas de troubles psychiatriques préexistants.


[1] Observatoire français des drogues et des toxicomanies

Depuis une dizaine d’années, les cannabinoïdes peuvent être utilisés à titre thérapeutique comme une alternative pour calmer les douleurs. Cependant, les études menées auprès des consommateurs de cannabis confirment le risque d’effets néfastes à long terme sur le plan cognitif et psychiatrique et la généralisation d’un usage thérapeutique du « cannabis » nécessite d’évaluer plus précisément les risques potentiels à long terme.

Déficits cognitifs à long terme

Les études épidémiologiques ont clairement démontré que la consommation de cannabis a pour conséquence d’accroître le risque de psychose et d’altération des facultés cognitives. Le risque est significatif mais variable. Il dépend : du type de cannabinoïde consommé ; de l’intensité et la durée de consommation ; de facteurs génétiques individuels de vulnérabilité et enfin de l’âge du consommateur.

Des études expérimentales sur l’humain et l’animal montrent que le principal composant psychoactif du cannabis, le THC** est responsable des altérations décrites supra.

Ce qui est souligné dans cette revue, c’est que la consommation chez l’adolescent est encore plus problématique. En effet, le cerveau chez l’adolescent et le jeune adulte est encore en phase de maturation et de ce fait fragile. Les cannabinoides peuvent perturber le développement du système limbique qui est déterminant dans le fonctionnement, le comportement, et l’émergence de troubles psychiatriques.

Sur le plan comportemental, la consommation de cannabis engendre démotivation, incapacité à se concentrer et trouble de la coordination pendant la période de consommation. A plus long terme, il existe un risque de persistance de déficits cognitifs  en cas de consommation précoce, mais l’abstinence permet toujours une amélioration.

Développement des troubles psychiques et prédisposition génétique

Les effets délétères de la consommation de cannabis varient en effet selon les individus en fonction de leur héritage génétique et de leur environnement. Dans certains cas, l’initiation d’une consommation peut témoigner d’un trouble psychotique, bipolaire ou schizophrénique débutant. En aucun cas, cette consommation doit être banalisée car elle aggrave l’intensité des troubles et augmente le risque de rechute et altère la compliance aux soins.

Des études approfondies sont désormais nécessaires pour détecter les populations les plus à risque d’être exposées à des complications d’ordre cognitif et/ou psychiatrique. Et ce, afin de personnaliser l’évaluation du bénéfice-risque d’un usage thérapeutique. De plus, les avantages et inconvénients apportés par les différents types de cannabinoïdes doivent être davantage investigués. A cet égard, le THC est clairement associé à des altérations cérébrales permanentes alors que le CBD génèrerait des effets protecteurs.

L’étude publiée renforce l’intérêt d’investigations approfondies concernant les facteurs de vulnérabilité génétique des consommateurs de cannabis ; les effets comparés des dérivés thérapeutiques du cannabis ; l’évaluation à long terme d’une consommation à l’adolescence et au début de l’âge adulte, en population générale et chez les personnes atteintes de troubles psychiatriques. Ces études contribueraient à mieux anticiper les risques addictifs à cet âge critique pour le développement cognitif.

Lien vers l’article : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30793421

Pr Marie-Odile Krebs (GHU Paris), Dr Oussama Kebir (GHU Paris), Dr Thérèse Jay (IPNP)

Contact presse: communication@ghu-paris.fr

* OFDT : Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies, Etude « 7e édition de Drogues, chiffres clés », 2017** delta‐9‐tetrahydrocannabinol


[1] Observatoire français des drogues et des toxicomanies