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« L’ÉDUCATEUR EST UN PASSEUR DU VIVRE A L’EXISTER ».

Alexia, Adélaïde et Serge sont éducateurs spécialisés au sein du Pôle Psychiatrie, Dépendance et Réhabilitation du GHU Paris. Ce pôle, transversal dans l’institution, aide à co-construire avec le patient et le secteur un projet de vie vers un ailleurs en dehors de l’hôpital. Au total, ce sont 7 éducateurs spécialisés qui y travaillent.

Alexia et Adélaïde travaillent au sein de l’unité Ariane du site Perray-Vaucluse. Serge, en plus de sa casquette d’éducateur, est case manager au sein de l’équipe mobile, ‘’parcours complexes’’ localisée sur le site d’Henri Ey. Leur objectif est d’évaluer les capacités et de (ré) impulser une dynamique chez le patient tout en tenant compte de ses capacités et difficultés pour avancer dans un projet.  Pour ce faire, une offre importante de médiations et d’outils de réhabilitation sont proposés.

Alexia et Adélaïde ont des parcours similaires. Après le Bac et la faculté, elles suivent la même formation à l’IRFASE (Institut de Recherche et de Formation à l’Action Sociale de l’Essonne) à Evry qui propose un diplôme d’état d’éducateur spécialisé en 3 ans. Depuis l’obtention de leur diplôme, elles ont pu expérimenter ce métier dans des secteurs très différents : au sein d’un IME (Institut Médico-Educatif) avec des enfants autistes, au Samu Social avec les grands exclus ou en Protection de l’Enfance au sein d’un service d’accompagnement éducatif en milieu ouvert auprès d’enfants en danger avéré, sous mandat judiciaire. Elles ont approché la fragilité psychique et la maladie mentale rapidement dans leur parcours. La psychiatrie leur apparaît comme une continuité. D’ailleurs, « le terme “spécialisé” vient de la création de notre métier, dans les années 60, alors que certains enfants ne pouvaient pas être scolarisés dans des écoles classiques pour diverses raisons.  Une éducation dite spécialisée a été mise en place pour eux, mais notre formation reste très générale et le profil des personnes que nous accompagnons s’est considérablement élargi. » nous explique Adélaïde.

L’obtention du diplôme est conditionnée par la validation de quatre domaines de compétences :  la relation éducative spécialisée, la conception et la conduite de projets éducatifs spécialisés, le travail en équipe pluri-professionnelle, communication professionnelle et les dynamiques interinstitutionnelles, partenariats et réseaux.

Serge est éducateur spécialisé depuis 20 ans. Cet ancien comédien des cours Florent a fait une reconversion professionnelle. Les emplois jeunes venaient d’être créés par Martine Aubry : « J’ai été agent de sécurité pendant 1 an pour la ville de Paris. Puis je suis allé à l’antenne jeune de mon quartier, je me suis présenté pour être animateur socio-éducatif. J’ai commencé à travailler auprès des jeunes et de leurs éducateurs de rue. J’ai finalement fait une formation d’éducateur spécialisé en alternance. Après avoir été éducateur de rue pendant 10 ans, j’ai travaillé au sein d’un CHRS (Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale) auprès de 300 résidents : sans-papiers, sortants de prison, familles isolées, je suis resté également 10 ans. Aujourd’hui, je suis en équipe mobile ‘’parcours complexes’’, une équipe pluridisciplinaire composée d’infirmiers, aides-soignants, psychologues, éducateurs, Psychiatres et assistants de service social. »

Référent de patients en situation de dépendance institutionnelle (patients hospitalisés depuis près d’une anée), il se déplace pour rencontrer les équipes du secteur. Dans ses missions, en lien avec l’équipe, Serge procède à une évaluation éducative afin de co-construire avec le patient et le secteur une orientation adaptée au projet de vie et de soins du patient, vers des structures sanitaires et/ou médico-sociales.

Un rôle clé au sein du projet de soin du patient

Le rôle de l’éducateur spécialisé à l’hôpital est assez récent : « La notion de référence, qui est le cœur de notre travail en lien avec le projet individualisé du patient, implique l’élaboration de synthèse, des entretiens, des interventions individuelles et collectives. On apporte notre regard éducatif sur la personne. Nous contribuons à une évaluation globale : relationnel, perception de soi, habiletés sociales, autonomie, implication dans le projet etc… ».

Alexia et Adélaïde sont éloignées des enjeux médicaux tout en faisant parties du programme de soin du patient : « on prendra du temps pour parler des symptômes avec le patient, tout ce qu’il sait faire et que nous pouvons utiliser comme levier ». Pour certaines personnes suivies en institution sociale ou médico-sociale ou sanitaire, l’intervention de l’éducateur sera essentielle pour amorcer et accompagner la démarche de soin dans un second temps.

A Ariane, certains patients sont hospitalisés depuis de nombreuses années, cette temporalité particulière dans un service de psychiatrie est un enjeu considérable dans le travail de l’éducateur permettant de travailler une réinsertion sur le long cours. Ils tendent aussi à renforcer et créer un maillage partenarial permettant d’ouvrir l’hôpital sur l’extérieur : Groupe d’Entraide Mutuelle, Mairies pour l’organisation de rencontres de sports adaptés…

Tous les outils sont bons pour accompagner les personnes : « on peut se mettre en scène, on utilise l’humour, on est dans la politique du tenter, en essayant de faire naitre une pulsion de vie », c’est pour cela que l’on parle aujourd’hui ‘’d’éduc-acteurs’’ : « On bricole avec le quotidien, on crée en fonction de ce que l’autre nous amène ».

Dans leurs yeux d’éducateurs, ce n’est pas au patient de s’adapter à la structure, c’est l’inverse. Depuis la loi de 2002 rénovant l’action sociale, les structures doivent mettre en place un projet individuel (aussi couramment appelé « projet personnalisé »), écrit avec l’accompagnant et qui implique obligatoirement l’usager lui-même (lorsque cela est possible).

Se mettre à côté, sans jamais faire à la place

Leurs motivations sont de créer avec l’autre, de leur donner un coup de pouce. Les patients ont souvent eu des vécus dramatiques. Les éducateurs sont là pour leur recréer l’envie d’être là : « c’est du donnant-donnant, on reçoit autant qu’on donne ! ».

L’avantage de ce métier est aussi de pouvoir changer de secteur, de rencontrer de nombreux partenaires et associations qui se mobilisent : « C’est bien de pouvoir changer car à un moment, on a plus le recul nécessaire, on est trop dans le confort. Ça fait partie de notre métier que de réfléchir sans cesse sur notre fonctionnement, sur nos manières de travailler. Il faut qu’on ait envie pour leur donner envie ».

Ils s’intéressent à toutes les pathologies et qui demandent une actualisation permanente de leurs connaissances. Ils travaillent quotidiennement à faire connaître ces maladies, à combatre les préjugés sur les troubles psychiques : « Malade ? oui mais capable », répètent-Ils souvent aux patients.

Des journées qui réintroduisent du rythme dans le quotidien des patients

Depuis 2 ans, un tableau des activités a été affiché au centre de l’unité:  dates, activités du jour, informations diverses, météo avec pictogrammes pour les personnes n’ayant pas accès à la lecture… il est un outil spatio-temporel indispensable.  Par ailleurs ils utilisent beaucoup le support de l’emploi du temps et de l’agenda : « Nous nous appuyons sur le quotidien des patients, ce qui permet de travailler le principe de réalité mais aussi sur la création d’ateliers thérapeutiques co-animés avec d’autres soignants (groupe de parole, actualité, escalade…).  Les activités créent des vraies interactions en respectant le jugement de l’autre. Les médiateurs thérapeutiques sont vecteurs d’interactions sociales, nous faisons en sorte tant que possible à ce que les patient se positionnent en tant que sujet. ». L’atelier Actualité qui a été créé permet à chacun de s’exprimer sur ce qu’il voit et ressent, d’autant plus que la télévision est allumée dans la journée et renvoie des informations qui peuvent les angoisser. « Cela permet également de les recentrer sur la réalité sociale et de développer le sens critique. Certains patients sont tellement institutionnalisés, qu’ils ne savent plus cuisiner ou faire un café ».

Pour Serge, les journées sont différées. Une réunion clinique a lieu une fois par semaine où les synthèses des patients envoyés par les unités sont étudiées. Le cadre désigne les cases managers. C’est ainsi qu’il part ensuite à la rencontre de l’équipe d’unité de soins et du patient pour commencer l’évaluation. Il rencontre le patient tous les 15 jours ; l’évaluation dure 2 mois. Lorsque le patient retourne sur son secteur de référence, l’équipe mobile continue l’accompagnement. A la fin de l’évaluation, une synthèse est rendue en présence de tous les acteurs : « on réfléchit à la continuité du projet de vie du patient », conclue Serge.


>>> Catherine, 25 ans d’hospitalisation, vit aujourd’hui chez elle

Catherine est quelqu’un qui n’était pas dans le contact. Pendant plusieurs années, elle passait ses journées, seule à fumer des cigarettes. Dehors par tous les temps, on ne pouvait pas l’approcher. Sa seule interaction sociale était d’aller au tabac. Un jour, elle a fait une décompensation respiratoire et a dû être hospitalisée en pneumologie. Quand elle est rentrée, l’équipe a demandé au pneumologue d’intervenir pour elle et les patients sur l’arrêt du tabac : elle a dû arrêter de fumer. Cette période a été très difficile pour elle et pour nous car nous devions travailler sur l’interdiction. Cigarettes électroniques, activités compensatoires, nous faisions tout pour l’aider mais elle faisait beaucoup de crises. Puis, elle a commencé à s’ouvrir petit à petit grâce aux activités. On lui a créé un emploi du temps en fonction de ses centres d’intérêts et de ses demandes, elle s’est ouvert à sa famille, elle a ouvert les livres de la bibliothèque, a commencé à faire ses courses et a repris soin d’elle. On a fini par faire émerger l’idée d’un après, ailleurs qu’à l’hôpital. Cela lui a fait très peur pendant 1an ½. Puis elle a visité une structure et s’y est finalement installée il y a un peu plus d’un an. Sa famille est à nouveau à ses côtés après avoir évoqué un « trou noir de 25 ans » pour Catherine ».