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Une nouvelle venue à l’Institut Paris Brune : l’unité de stabilisation

La population du 14ème arrondissement (qui égale en nombre celle de la ville de Montpellier) se caractérise par une grande hétérogénéité socio-économique, avec des territoires au sud fortement précarisés, et la présence très nombreuse d’étudiants et de familles monoparentales. Le pôle hospitalier qui prend en charge ces publics (Secteur 13 du Pôle 14), piloté par le Dr Marie-Noëlle Vacheron, a élaboré un dispositif médico-soignant très gradué, adapté à des parcours de soins sur mesure, à destination de patients en souffrance psychique sévère. Ce dispositif est adossé à différents lieux de soins disséminés dans le Sud Paris, mais dans des locaux parfois vétustes, et surtout éloignés du bassin de vie des patients du 14ème.

L’acquisition par Sainte-Anne il y a 8 ans de l’Institut Paris Brune, Porte de Vanves (anciennement Institut de Puériculture de Paris) a représenté une formidable opportunité pour ce pôle pour y installer des structures de réinsertion pour les patients adultes et une offre complète de soins ambulatoires pour les enfants de 0 à 16 ans, au plus proche de leur domicile.

Chambre double au sein de l’hôtel thérapeutique

Ce projet répond à la philosophie du secteur défendue par le GHU Paris : « cela permet de desservir la population au cœur de son bassin de vie » explicite Jacques Pontis, directeur référent du pôle. « L’enjeu étant de favoriser la rémission en plaçant nos structures de convalescence, appelées anciennement « foyers de postcure», au plus près des domiciles, facilitant ainsi le retour chez soi. »  Les structures de postcure Verdier et Gobelins, anciennement excentrées à Montrouge et dans le 13ème ont ainsi déménagé à la fin de l’été sur deux étages au sein de l’Institut Paris Brune. Elles ont aussi été rebaptisées « Unité de Stabilisation Brune » (USB). Très impliqués dans cette « transhumance géographique », les usagers ont pré-visité les lieux, l’équipe soignante a pu participer à l‘agencement et à la décoration des locaux.

Extérieur jour/Intérieur nuit : le scénario de la réhabilitation selon l’USB

Exit le « foyer » et sa connotation chronique, place à « l’unité de stabilisation ». Tout un programme : celui de concevoir un lieu qui fonctionne de jour comme de nuit selon des règles bien particulières. Une partie des lits est dédiée à la stabilisation ; l’autre fonctionne comme un hôtel thérapeutique pour des patients allant mieux mais nécessitant encore des séjours séquentiels ou une prise en charge de nuit, ou d’un hôpital de jour. L’objectif est d’accompagner les patients vers une démarche de réinsertion soit dans leur domicile soit vers d’autres structures d’hébergement, par exemple après un épisode d’hospitalisation en soins aigus. Une attention particulière est accordée à l’implication de l’entourage de la personne. Les patients bénéficient d’activités de remédiation et de réhabilitation parallèlement à la supervision médicale et soignante.

  • Les locaux de jour comportent 2 salles d’activité, dotées d’ordinateurs accessibles aux patients, avec une connexion internet sécurisée, une infirmerie et un bureau de soins. Le temps est rythmé par des ateliers ou activités permettant de ré-apprivoiser le quotidien et ses tâches ménagères, administratives, ou autres, dans un but d’autonomisation.
  • L’unité sommeil, ou hôtel thérapeutique, comporte 28 lits et 2 salles de repos, avec télévision. Elle accueille une vingtaine de patients  en soins post aigus et une vingtaine en séquentiel, c’est-à-dire qu’ils viennent ponctuellement pour quelques nuits. Au total, la file active compte 45 patients.

« Réhabilitation » est le mot clé de ce projet de soin : « Les usagers sont libres de leurs mouvements, ils peuvent s’enfermer à clé dans leur chambre, sortir. Bien sûr, il y a des horaires à respecter et leurs sorties sont sous autorisation mais notre relation est basée en grande partie sur la confiance. D’ailleurs, nous n’avons pas de blouse blanche car nous souhaitons une relation de personne à personne et non de soignant à soigné. L’usager peut ainsi se responsabiliser. », nous explique Frédérique Ibarrart cadre supérieure du Pôle 14 qui a accompagné la création de cette unité.

Une solution sur mesure pour différents types de parcours

Les patients en post-crise, sortis d’hospitalisation

Ils sont stabilisés mais leur pathologie psychiatrique nécessite un suivi et ne permet pas leur retour à domicile juste après l’hospitalisation. Les soignants travaillent alors avec l’Equipe Mobile de Maintien à Domicile (EMMAD) et le CMP en charge de la personne pour l’accompagner dans ce retour à domicile, en foyer ou en appartement. Cela concerne environ 18 à 20 patients sur la file active totale.

Les patients qui traversent une période de déstabilisation modérée

L’état psychologique de ces usagers nécessite un étayage et un soutien mais pas dans le cadre d’une hospitalisation. L’USB est alors un environnement rassurant, qui permet d’éviter la rechute. Une évaluation clinique est faite régulièrement par les psychiatres du secteur qui les connaissent bien.

Les patients stabilisés qui ont besoin d’un repère rassurant

Ce sont des patients chroniques qui sont maintenus dans leur logement grâce à des aides mais qui ont besoin d’un suivi pour éviter les rechutes. Ils viennent 1 à 3 jours régulièrement pour des évaluations.

« Le programme de soins, qu’ils soient libres ou non, s’établit sous forme de contrat. » explique Juliette Genestier, cadre de l’USB. Fait notable, à l’USB le terme « patient » est proscrit : « Nous parlons de Monsieur ou Madame Untel. Nous nous adressons à des personnes avant tout ».

L’Institut Paris Brune, qui s’étend sur près de 8.000 m2 sur 7 niveaux, constitue un centre de référence pour les jeunes adultes et adultes en réinsertion, pour les résidents du 14ème arrondissement, mais également les résidents du 15ème et 16ème arrondissements, pour lesquels l’IPB accueille des hôpitaux de jour et des CATTP. L’USB vient donc compléter ce volet réinsertion de l’adulte.

Chambre seule au sein de l’hôtel thérapeutique

Ce volet se verra renforcer à la fin de l’automne par de nouvelles unités ambulatoires. En effet, le Pôle 14 installera au 4ème étage de l’IPB l’ « UPAJA » (Unité Passerelle des Adolescents et Jeunes Adultes) qui est un hôpital de jour pour les 16-25 ans, ainsi que le Centre de Jour pour Adultes (CATTP et Hôpital de Jour) actuellement installés aux Gobelins. Ainsi, le patient en état de quitter l’hospitalisation, et son cadre historique pavillonnaire, pourra poursuivre son projet thérapeutique d’autonomisation durant la journée, au 4e étage de l’Institut, avec des activités dédiées, et si besoin accéder pour quelques « nuitées » à l’unité sommeil des étages supérieurs.

« Démystifier la maladie mentale, rassurer pour une meilleure intégration dans la ville »

Terrasse de l’IPB

Tel est l’objectif du service résumé par Frédérique Ibarrart. Grâce notamment au développement des activités à l’extérieur comme les Groupes d’Entraides Mutuelles (GEM), en accompagnant les personnes au marché, chez les commerçants de leur quartier, en les aidant dans leurs démarches administratives, les personnes reprennent petit à petit de l’autonomie et retrouvent une vie sociale, souvent perturbée par leurs antécédents psychiatriques. « L’équipe du secteur est très à l’écoute des patients. On laisse d’ailleurs une grande place à l’expression de leur projet de vie. Nous sommes dans l’accompagnement. Lorsqu’un patient ne veut pas prendre ses médicaments par exemple, nous essayons de comprendre pourquoi, ce qui le mène à cela. Nous acceptons aussi d’avoir tort car nous avons assez confiance pour le faire. » explique Frédérique Ibarrart. L’aide au logement, la médiation avec les bailleurs sociaux, toujours dans une démarche partenariale, revêt une importance toute particulière dans le travail des équipes.

Ces dispositifs obéissent à une logique

La réalisation de ce projet médico-architectural a pris un temps certain ; les mois précédant le déménagement ont mobilisé les soignants qui se sont projetés dans leur futur environnement de travail et contribué à ses partis-pris d’organisation spatiale. « La pré-visite de l’USB était un incontournable y compris dans les recrutements des nouveaux arrivants, et cela motivait davantage encore leur venue » se félicite la cadre du pôle.

L’USB s’insère donc dans un dispositif minutieusement conçu pour différents types de prises en charge du jeune adulte notamment. Un véritable réseau favorisant le rétablissement par une stratégie d’autonomisation étape par étape se dessine, depuis le site d’hospitalisation situé dans le carré Sainte-Anne historique, complété d’une unité « passerelle » dédiée aux 16/25 ans, laquelle jette un pont vers l’hôpital de jour et/ou l’USB selon l’état et les caractéristiques des personnes suivies.

Il obéit à une logique ardemment défendue par le Dr Vacheron, celle de l’alternative à l’hospitalisation. Une phase nécessaire, mais néanmoins traumatisante et propice à la chronicisation, aussi le pôle met-il en place toutes les mesures permettant des scénarios thérapeutiques qui favorisent la rémission. Cela passe également par une supervision médicale et soignante maillée dans toutes les structures qui le composent. Ainsi les professionnels du pôle se partagent entre l’ambulatoire, l’intra, l’urgence et les équipes de renfort ; Permettant ainsi que les patients bénéficient d’un accompagnement individualisé à toutes les étapes de leur parcours de soin, favorisant la transition vers un parcours de vie.