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Les sciences sociales au service du rétablissement et de l’inclusion

Le GHU Paris abrite un laboratoire de recherche en sciences humaines et sociales historiquement créé par l’établissement Maison Blanche en 2000.  Avec un credo, militant: l’empowerment des citoyens en matière de santé et plus particulièrement l’empowerment des personnes vivant avec un trouble psychique est un levier fort de rétablissement. Par l’évaluation, la formation des professionnels, et la conduite d’investigations et de recherches-actions, le laboratoire participe à plusieurs programmes européens.

L’équipe est composée de Tim Greacen, docteur en psychologie, chercheur, Emmanuelle Jouet, docteur en sciences de l’éducation, Aurélien Troisoeufs, anthropologue, Iannis McLuskey, pair praticien en santé mentale et de Bérénice Billot, coordinatrice de formation.

Au cours de ces 18 ans d’existence, le laboratoire a particulièrement mis en évidence l’apport des sciences sociales dans le domaine de la psychiatrie, et les perspectives qu’elles ouvrent pour les personnes vivant avec un trouble psychique et leurs entourages. En effet, les déterminants sociaux et psychosociaux jouent un rôle majeur dans la santé mentale. Un programme européen, le projet EMILIA, a par exemple montré l’impact significatif de l’accès à la formation tout au long de la vie et à l’emploi sur le bien-être et l’inclusion sociale de personnes vivant avec une psychose. Plus de deux cents personnes ont été suivies sur deux ans dans huit pays européens, dont la France avec la participation du laboratoire de recherche et les secteurs psychiatriques du nord-est parisien. 
Le projet Un chez soi d’abord sur Marseille, Lyon, Toulouse et Paris a, pour sa part, démontré l’apport en termes de baisse du nombre de symptômes et de réduction des durées d’hospitalisation d’un programme expérimental qui propose un logement individuel et un accompagnement à des personnes sans domicile fixe souffrant d’une pathologie psychique sévère, en comparaison avec l’offre sanitaire et sociale habituelle. Dans le milieu du soins, le projet DAiP (Directives anticipées incitatives psychiatriques) cherche actuellement à mesurer l’impact sur l’alliance thérapeutique et la fréquence d’hospitalisations sous contrainte, d’un travail de rédaction de directives anticipées par la personne ayant un trouble psychique grave.

La prévention et la promotion de la santé mentale sont aussi des domaines où les sciences sociales ont un rôle clef à jouer. Le projet CAPEDP a montré l’impact positif sur la santé mentale de l’enfant, d’une intervention à domicile chez des familles en situation difficile par des psychologues spécifiquement formé(e)s et proposant un soutien personnalisé. Le programme européen PROMISE qui s’est déroulé en partenariat avec le service de formation continue et sur dix autres sites européens, a expérimenté et développé des formations des usagers et des professionnels du sanitaire et du social sur la promotion de la santé mentale.

L’inclusion sociale dans une politique de soins qui vise le rétablissement en santé mentale a des implications importantes pour les services psychiatriques eux-mêmes. La reconnaissance de la contribution possible de l’usager en tant qu’expert d’expérience, et son recrutement dans les services, voire la création de services spécifiques qu’il gèrerait, sont aujourd’hui d’actualité, avec l’intégration des pairs-aidants et des médiateurs de santé pair dans les services de soins. Le laboratoire a créé par ailleurs une unité de recherche sur la formation, qui implique de manière systématique la participation d’usagers formateurs dans la formation des professionnels à la fois du sanitaire et du médicosocial et du social sur le rétablissement, l’empowerment et l’inclusion sociale. C’est dans cette dynamique que se déploie le programme FER (Formation Et Recherche). L’objectif de cette démarche vise à répondre à la demande d’équipes de professionnels des champs de la santé et du travail social qui souhaitent se former à des approches innovantes en santé mentale, telles que le rétablissement, l’empowerment, la psychiatrie citoyenne et la promotion de la santé mentale.

L’ensemble de ces projets soulignent l’importance de prendre en compte la précarité, la violence et les inégalités sociales comme des déterminants majeurs des troubles psychiques mais aussi comme des déterminants majeurs du rétablissement. Mieux comprendre comment agir sur ces déterminants sociaux pour optimiser sa santé mentale est un des thèmes centraux du travail de l’équipe du laboratoire.