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ApogÉ-e : un nouvel outil de soins partagés pour les habitants du 19ème arrondissement

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ApogÉ-e comme Avis Psychiatrique et d’Orientation partagé avec les médecins GEnéralistes en e-consultation est la création d’un dispositif de soins partagés entre les médecins généralistes et les acteurs de la psychiatrie du 19ème arrondissement.
Son objectif premier est de créer des consultations à distance avec un psychiatre de secteur pour les patients en présence de leur médecin généraliste. Un volet « formation » des médecins généralistes par les psychiatres sur les troubles psychiatriques est également inclus.
Cette nouvelle approche permet de faciliter une prise en charge précoce grâce à un premier contact ou un avis médical via des outils de e-santé : télémédecine et téléexpertise. C'est une solution expérimentale prometteuse pour faciliter la prise en charge psychiatrique face aux retards de diagnostics ou aux ruptures de soins liées aux complexités inhérentes au lien ville-hôpital.
Validé par la Direction Générale de l'Offre de Soins, ApogÉ-e sera mis en place au sein du GHU Paris dans les secteurs 25 et 26 de psychiatrie adulte dans le 19ème arrondissement. Le projet commencera par une phase pilote en lien avec le centre de santé Belleville et la maison de santé Michelet. Il s’inscrit dans la continuité des structures de secteur. Elaboré par l’équipe médicale et encadrante de psychiatrie de secteur du 19ème arrondissement et en partenariat avec des usagers et des pairs aidants, des médecins généralistes du territoire, il a reçu le soutien du Conseil Local de Santé Mentale.

Une population particulièrement en demande de soins médicaux

ApogÉ-e répond tout d’abord au besoin d’une population, celle du 19ème arrondissement, majoritairement jeune et socio économiquement précaire (taux de pauvreté de 24% versus 15,8% pour Paris), elle est particulièrement confrontée aux troubles psychiques.
Or, la précocité de la prise en charge spécialisée conditionne l’évolution de la majorité des troubles psychiatriques, en particulier des plus sévères (troubles de l’humeur, anxieux et psychotiques). Par exemple, dans la schizophrénie, une durée de psychose non traitée prolongée affecte le pronostic clinique, cognitif, biologique et fonctionnel de la personne.
 

Le médecin généraliste : premier interlocuteur
Malheureusement, de multiples facteurs contribuent au retard d’accès aux soins dont le niveau socio-économique, le manque d’informations sur les filières spécialisées et surtout la stigmatisation des troubles mentaux des personnes qui en souffrent.
Cette question est particulièrement aiguë dans le 19ème arrondissement de Paris où le médecin traitant est souvent le premier professionnel consulté en cas de difficultés psychiques. En pratique, 71% des prescriptions d’anxiolytiques et d’antidépresseurs sont réalisées par les médecins généralistes.
De plus, il est souvent constaté des difficultés d’accès aux professionnels de la psychiatrie pour les médecins généralistes ; les échanges de courriers et retours d’informations sont peu fréquents, les attentes sur les rôles de chacun ne sont pas toujours clarifiées et les demandes des médecins généralistes insuffisamment explicites. Les recours organisés en cas de situation de crise sont peu connus.

Une double problématique apparaît alors : comment accompagner les médecins généralistes dans la prise en charge des personnes susceptibles de présenter des troubles psychiatriques tout en favorisant un accès précoce aux professionnels de la santé mentale dans un environnement destigmatisé et rassurant ?

Des outils innovants au service de la santé mentale

La téléconsultation

Le médecin généraliste, après information et accord de son patient, aura la possibilité via un agenda électronique de programmer une téléconsultation conjointe c’est-à-dire le médecin généraliste et son patient face à un psychiatre. Cela permet de mettre en place une collaboration médicale intégrée avec l’accord du patient, dans un environnement connu.
Un compte rendu de la consultation sera rédigé par le psychiatre, adressé au médecin généraliste et mis à disposition du patient.
Un suivi est alors mis en place : rencontre avec un Infirmier en Pratique Avancée (IPA) qui pourra accompagner le patient dans ses démarches, possibilité de rencontrer un médiateur de santé pair, … Le médecin généraliste sera recontacté un mois après le premier contact pour donner un retour clinique et une évaluation du service rendu.


La télé expertise
Le médecin généraliste aura la possibilité de faire une demande d’appui, d’orientation, de conseil pour un de ses patients par téléexpertise après avoir eu l’accord du patient.
La téléexpertise pourra se faire par conversation téléphonique ou par demande écrite. Une réponse sera faite dans les 48h par l’équipe ApogÉ-e, et un contact sera éventuellement pris par l’IPA auprès du patient. Cette organisation mise en place ne se réduit donc pas à une consultation d’avis mais permet de développer le soin partagé.


La formation
ApogÉ-e proposera des formations par e-learning et / ou des réunions de partage d’expérience. Il permettra ainsi d’améliorer, par la pratique, la formation des généralistes en santé mentale et de les aider à apprécier le degré d’urgence de la prise en charge de leurs patients.

La mise en place de cette nouvelle approche des soins vise à l’avenir à limiter le recours aux services d’urgences grâce à une prise en charge précoce de certaines situations critiques, de rendre la filière de soins psychiatriques locale plus lisible et de renforcer la qualité des liens entre les équipes médicales généralistes et psychiatriques du secteur.

ApogÉ-e s’inscrit ainsi dans la ligne des propositions et des recommandations formulées dans la feuille de route « accélérer le virage numérique » du plan « Ma santé 2022 » et du rapport d’analyse prospective 2019 « Numérique : quelle (R)évolution ? » de la HAS.