Arrêts cardiaques et Covid : la piste de l’embolie pulmonaire confirmée

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L’étude « Excess out-of-hospital deaths during COVID-19 outbreak: evidence of pulmonary embolism as a main determinant » confirme que le nombre de décès à domicile dû à une embolie pulmonaire proximale a triplé lors de la crise pandémique par rapport à une période contrôle en 2019. La publication est le résultat d’une collaboration entre les cliniciens chercheurs du GHU Paris, de l’APHP et de l’Institut Medico-Legal de Paris et de leurs unités INSERM.
Nous avons interrogé le Dr Joseph Benzakoun1 , Chef de clinique au sein du service de Radiologie et d’imagerie médicale de Neuro Sainte-Anne du GHU Paris, investigateur principal de cette étude.

Quel a été le point de départ cette recherche médicale ?

Depuis 2018, le service de radiologie et d’imagerie médicale du GHU Paris interprète les scanners post-mortem de l’Institut Medico Légal (IML) de Paris. En routine, ces scanners sont réalisés sur la base d’une réquisition judiciaire lors d’un décès et/ou inexpliqué, et déclenchés sur décision du procureur de la République.

Durant le pic du COVID-19, de nombreux décès inexpliqués à domicile ont été constatés et la demande de scanners s’en est trouvée naturellement accrue. En les étudiant, nous avons observé un certain nombre d’embolies pulmonaires proximales, ce qui est peu habituel dans nos pratiques.
Pour rappel, l’embolie pulmonaire signifie la présence d’un caillot dans une ou plusieurs artères du poumon. Pour détecter cette obstruction, nous réalisons chez les patients un angioscanner (scanner du thorax avec injection) qui opacifie l’artère pulmonaire et ses branches grâce à l’injection d’un produit de contraste. Cependant, les scanners post-mortem sont généralement réalisés sans injection, et permettent donc de détecter uniquement les embolies pulmonaires dites proximales, c’est-à-dire les plus volumineuses, touchant l’artère pulmonaire elle-même. Cette dernière forme d’embolie pulmonaire observée est généralement la plus sévère.

Nous avons alors contacté le Pr Alexandre Mebazaa, chef de service du département d’anesthésie et de réanimation de l’hôpital de Lariboisière de l’APHP afin d’établir un protocole permettant de confirmer ou d’infirmer cette recrudescence d’embolies pulmonaires durant la pandémie.

Afin de mener à bien notre recherche, nous nous sommes concentrés uniquement sur l’analyse des scanners des patients présentant des signes pulmonaires COVID-19 sur la période la plus intense, du 23 mars au 7 avril.  

Les embolies pulmonaires seraient alors une des causes de décès des personnes touchées par le COVID-19?

Les principales complications de l’embolie pulmonaire sont la baisse de l’oxygène dans le sang (hypoxie) ce qui entraine généralement un essoufflement, et l’insuffisance cardiaque aigue. Cette insuffisance cardiaque peut être responsable d’un décès rapide voire une mort subite, notamment quand l’embolie pulmonaire est proximale. De plus, on sait par la littérature scientifique que le COVID-19 est une maladie qui peut provoquer des embolies pulmonaires. Nos recherches ont contribué à renforcer cette relation connue entre le COVID-19 et l’embolie pulmonaire comme cause de décès.

Nous savons aujourd’hui que les équipes soignantes qui accueillent les patients symptomatiques, même faiblement symptomatiques, doivent se méfier de l’embolie pulmonaire. Cette réflexion nous mène également à sensibiliser les cliniciens lors d’une prise en charge d’un arrêt cardiaque en période pandémique. L’embolie pulmonaire en est aujourd’hui une cause sérieuse, ce qui peut modifier la prise en charge immédiate du patient.
Enfin, les embolies pulmonaires étant souvent associées à une thrombophlébite des membres inférieurs, il est donc nécessaire de les traiter précocement et de les surveiller régulièrement.

L’étude semble démontrer que les personnes décédées n’ont pas forcément de dénominateur commun comme l’âge par exemple.

En effet, nous avons constaté des décès par embolies pulmonaires sur des patients âgés de 27 à 99 ans. Cependant, la moitié d’entre eux avaient 65 ans ou plus, ce qui correspond à la tranche d’âge la plus touchée par l’infection du COVID-19.

 


1 Chercheur au sein du Centre d'Imagerie de Recherche et d'Enseignement en Neurosciences (CIREN) du GHU Paris
Chercheur au sein de l’équipe Biomarqueurs en imagerie : neuro-développement et pathologies cérébrales IRMA BRAIN IPNP/INSERM


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