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CoVENANT-ICU - Le GHU Paris investigue l’impact du Covid sur les fonctions cérébrales : une piste pour mieux traiter les complications respiratoires

CoVENANT-ICU (CoVID-19 Evaluation of Neurological and Autonomic Nervous System Troubles in Intensive Care Unit patients)

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En pleine crise sanitaire, de nombreux projets de recherche sont actuellement menés afin de comprendre le nouveau virus Covid 19. La principale difficulté en lien avec l’évolution de la maladie est la survenue d’un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA), dans les cas les plus graves et les plus mortels. Cependant, depuis son expansion, plusieurs travaux font aussi mention de la présence de symptômes et de complications neurologiques chez les patients infectés par le virus SARS-CoV-2.
Une nouvelle recherche médicale, dont le GHU Paris psychiatrie & neurosciences est promoteur, a débuté vendredi. Elle s’intègre dans le cadre d’un projet translationnel dénommé CoVENANT-ICU, piloté par l’Institut Pasteur (dont le GHU Paris est affiliated hospital).

L’objectif principal de cette étude est d’évaluer la prévalence et l’évolution d’une éventuelle dysfonction du système nerveux autonome et de son impact chez les patients présentant une infection due au coronavirus.

  Pour le Pr Tarek Sharshar, responsable scientifique, et le Dr Matthieu Daniel,  investigateur principal, l’hypothèse avancée est que le virus pénètrerait directement par le réseau de récepteurs olfactifs, dont les terminaisons se trouvent dans les fosses nasales, avant de migrer dans le système nerveux jusqu’à certaines aires spécifiques, dont le tronc cérébral.  A ce niveau se trouvent des carrefours d’informations que le virus viendrait «désorganiser» et entraînant ainsi un dysfonctionnement du système nerveux végétatif appelé aussi le système nerveux autonome. Les «noyaux» du tronc cérébral sont notamment responsables du fonctionnement automatique de plusieurs organes dont les poumons, le système cardio-vasculaire et les cycles de veille-sommeil.
En 2003 apparaissait le virus SARS-CoV-1 (première apparition d’un Coronavirus). Des modèles expérimentaux, alors menés sur des souris,  avaient confirmé que le virus pouvait entrer par le bulbe olfactif avant de se répandre dans le système nerveux central jusqu’à des régions comme le thalamus (partir du cerveau jouant un rôle dans la régulation de la vigilance et du sommeil) et le tronc cérébral.


Quelle méthode et quelle durée ?
Cette étude est prospective et observationnelle. Les recherches sont directement menées sur les patients qui entrent en hospitalisation, que ce soit en soins intensifs ou en réanimation. Une fois le consentement du patient recueilli, le médecin effectue plusieurs examens à l’aide d’appareils non invasifs permettant de mesurer, par exemple, la capacité à produire de la sueur, les variations de la fréquence cardiaque, le tonus et la réactivité des pupilles et du tympan et l’évolution de la fonction du diaphragme, muscle principal de la respiration. Les fonctions physiologiques de ces organes sont le reflet d’une auto-régulation efficace au niveau du système nerveux autonome. L’analyse des données recueillies par cette évaluation multimodale pourrait permettre de détecter et de suivre l’évolution de dysfonctions d’organes, en lien avec l’agression du tronc cérébral. Le nombre de patients n’est pas encore défini car il s’agit d’une première étude et qu’il n’existe, pour l’heure, aucune donnée chiffrée disponible dans la littérature scientifique pour estimer la prévalence d’une telle dysfonction. Cependant, plus le nombre de patients enrôlés est important, plus une tendance statistique forte s’exprime et peut permettre de confirmer si la piste empruntée est correcte. Les premiers résultats pourraient donc être publiés dans le mois à venir.


Quelles conséquences pour les personnes atteintes du virus ?
Si l’hypothèse avancée par le Dr Matthieu Daniel s’avérait juste, cela pourrait impacter la prise en charge et le devenir des patients les plus graves, notamment ceux nécessitant une prise en charge en service de réanimation. En effet, si les recherches confirmaient que le système nerveux autonome représente bien une cible privilégiée du virus, cela ouvrirait des pistes intéressantes dans l’adaptation des thérapeutiques en réanimation, notamment pendant la période du sevrage ventilatoire (séparation du patient du ventilateur artificiel).
Plus largement, de nouvelles cibles thérapeutiques pourraient être envisagées, notamment des traitements capables de diminuer la capacité de transport intra et inter-cellulaire du virus et donc sa propagation au niveau des cellules du système nerveux central.

 

Soigner mais aussi chercher... Cette pandémie bouleverse nos soignants