Rencontre

Histoire(s) de Mémoire de Maison Blanche : l’Association

Lieu emblématique de l’histoire de la psychiatrie en France, l’hôpital Maison-Blanche à Neuilly-sur-Marne fut construit en 1900 afin de « désencombrer », selon les termes de l’époque les autres asiles du département de la Seine. Entièrement dédié aux femmes jusqu’en 1970, ce 5ème asile de la Seine a pris le nom de Maison-Blanche, du nom d’un lieu-dit du domaine de Ville-Evrard.

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Suite à la ré-organisation des soins visant à rapprocher les patients de leurs lieux de vie, le site de Neuilly-sur-Marne a peu à peu été re-agencé. Le rapatriement de la majorité des services dans la capitale a donné lieu à une reconversion de l’ancien hôpital. Il accueille aujourd’hui les patients des unités de soins longue durée et d’hospitalisation prolongée du pôle psychiatrie dépendance et réhabilitation et représente une partie de l’offre médico-sociale du GHU Paris.

C’est sous l’impulsion d’Oriane Cayard, infirmière en psychiatrie au sein du site Lasalle (Paris 19ème) fascinée par cet hôpital que le projet d’une association éclot. Désireuse de connaître l’histoire de ce lieu, elle est allée à la rencontre de Michel Caire, ancien médecin psychiatre au sein de l’EPS Maison Blanche, et historien spécialiste de la psychiatrie.

Il a pleinement contribué à la sauvegarde des archives du site et a ainsi inventorié multitude d’objets et de livres. Le travail de ce dernier et son expertise sur l’histoire de la psychiatrie ont permis de créer l’association Histoire(s) & Mémoire de Maison Blanche (HMMB), dont l’ambition première, loin de tout travers nostalgique, est d’honorer l’histoire de la psychiatrie et de tous ceux qui l’ont construite, les patients comme les soignants.

Nous avons rencontré ses membres ; ils nous racontent la genèse de l’association et nous livrent leurs projets.

Comment est née l’association Histoire(S) & Mémoire de Maison Blanche ?

 

« Nous souhaitions rendre hommage à ce site, symbole d’une œuvre collective et témoin d’une psychiatrie pratiquée par des générations de médecins et de soignants. C’est pour ne pas oublier que naît l’idée, au début d’un livre-témoignages à plusieurs mains. Nous avons à nouveau parcouru ces lieux, en quête de leur mémoire, en essayant de saisir les marques visibles et préhensibles. Nous voulions nous imprégner littéralement de cette atmosphère, pour entendre les voix de celles et ceux qui ont vécu, travaillé entre ces murs, et forgé un pan incontournable de l’histoire de la psychiatrie. » expliquent les fondateurs de l’association.

En 2017, la rencontre avec Odette Waks, médecin et « habitante » de Maison Blanche et Ville Evrard et présidente de la SERHEP (Société d’Études et de Recherches Historiques en Psychiatrie) a été déterminante et les a convaincus de créer une association propre à Maison Blanche. Elle est aussi un témoin précieux de l’histoire de ce site et de la psychiatrie à laquelle elle a participé activement. Elle a par exemple apporté la mixité au sein du secteur en 1971, « un projet qui à l’époque faisait peur aux soignants ! » Mais c’est aussi l’époque de la découverte des neuroleptiques « qui ont tout changé » précise Odette Waks ou de la fin de l’enfermement des patients : « dans les années 1970, quand c’était possible, les patients étaient traités chez eux plutôt qu’enfermés à l’hôpital. Résultat : de 2 000 malades dans l’établissement, on est passé à 200. »

Enfin, en juin 2018 une rencontre avec Anne-Marie Garnier Bothorel (ancienne directrice du GIP/ IFITS et l’une des vice-présidentes) les a conduits à découvrir l’histoire de la Robe de la Reine ce qui a encore renforcé ce projet d’association.

En effet, à travers l’histoire de cette robe, c’est bien l’histoire de Marie, sa propriétaire qui a passé la moitié de sa vie dans cet hôpital, dont une partie de la guerre, que vous avez découvert. Pouvez-vous nous en dire plus ?

« Patiente pendant 52 ans dans cet hôpital, Marie a confectionné une robe pendant de longues années. Cet objet d’art symbolise sa vie dont le parcours est paradigmatique de l’histoire de la psychiatrie. Appelée aussi « robe de la reine », elle témoigne de ce que le grand  » renfermement » de la psychiatrie a pu produire, c’est un objet fondateur et emblématique qui bouleverse et questionne sur la condition humaine. Marie a connu le Pavillon des Agités, la lingerie où elle travaillait, a fréquenté la Chapelle le dimanche vêtue de sa fameuse robe, elle aura croisé des générations de médecins, de soignants et d’élèves infirmiers dans une époque où l’hôpital était comme un village et où les patients, les soignants, les administratifs et les ouvriers pouvaient être amenés à résider avec leurs familles. Marie a vécu la guerre et ses privations.

 

La situation dans les hôpitaux psychiatriques sous la France occupée a été en effet dramatique. De très nombreux patients hospitalisés en psychiatrie y sont morts de faim ou de froid. Si Marie a passé la plus grande partie de sa vie à Maison Blanche, elle a aussi connu la joie d’en sortir. »

Anonymisée depuis toujours, Marie Vitiello vient d’être reconnue en tant qu’artiste lors du congrès de 2019 à Lille au musée d’Art Brut (>>> Ecouter son histoire).

 

Il y a encore beaucoup d’autres témoignages et anecdotes racontés par les anciens professionnels de l’hôpital comme la venuede la célèbre psychanalyste française Françoise Marette-Dolto qui, en 1936 était interne remplaçante ou encore la création du centre Henri Duchène (CHD), premier hôpital de jour de France cofondé par le Dr Hubert Mignot, psychiatre humaniste engagé qui a marqué l’histoire de Maison Blanche, et le Dr Bonnafé en 1969.

Quels sont aujourd’hui vos projets avec l’association ?

« Nous souhaitons organiser une rencontre avec les associations et musées des Hôpitaux psychiatriques d’Île-de-France et de la grande couronne dans un but d’échanges et de mutualisation de nos ressources historiques.

Nous recherchons également en continu des témoignages de patients et de personnels.

Enfin nous allons organiser une visite historique de Maison Blanche avec Michel Caire pour les Journées Européennes du Patrimoine en Septembre 2020 ».


>>> Informations et contact de l’association : https://www.hmmaisonblanche.fr/