Immersion post-déconfinement en infanto-juvénile

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«Comment expliquer le Coronavirus aux enfants», « comment concilier devoirs des enfants et télétravail ?» De nombreux professionnels de santé se sont appliqués à répondre aux nouvelles problématiques auxquelles les parents ont été confrontés durant cette période épidémique. «Pendant la période du confinement, nous avons maintenu le lien avec les familles grâce à des consultations téléphoniques. Elles nous rapportent aujourd’hui à quel point cela les a aidés pendant la crise épidémique», nous rapporte Dr Cephise Noiriel, praticien au sein du CMP Lisbonne du 8ème arrondissement du secteur 75I03.

Trouver les mots n’est pas toujours simple et se retrouver face aux angoisses des enfants sans l’aide extérieure habituelle peut s’avérer déstabilisant. Un guide déployé par le CREDAT (équipes du Pôle 16e piloté par le Dr Catherine Doyen) a été mis en ligne recensant pléthore de ressources à destination des entourages, comme par exemple des références d’activités sensorielles, motrices ou encore éducatives. Les écoles ont fermé et les accueils des structures infanto-juvénile ont dû fortement réduire leur activité pour la protection de tous. «Nous avons constaté de grandes difficultés autour de la question scolaire. Tout d’abord, les parents se sont retrouvés dans le rôle de l’enseignant tout en continuant leur activité professionnelle. La charge de travail envoyée par les écoles était lourde, les devoirs ont pris une place considérable dans la dynamique relationnelle parents-enfants. La peur de l’échec scolaire a créé de très fortes tensions. Certains parents n’avaient pas les ressources pour assurer cette fonction. Les familles parlent aujourd’hui de « craquage nerveux » ou de « burn out familial ». Le scolaire a été vécu comme une intrusion dans leur espace, les aides quotidiennes à la parentalité avaient disparu et cela dans une atmosphère globale anxiogène. Certains enfants ont dû être hospitalisés pendant cette période.»

Autant impactés que les adultes, les jeunes patients ont aussi été chamboulés dans leur quotidien. «L’enfant est sensible à l’atmosphère environnante et la pandémie a pu révéler de nombreuses angoisses chez les parents et les enfants dont l’impact est variable selon le terrain [clinique]», analyse le Dr Catherine Zittoun, pédopsychiatre et chef de Pôle du secteur 75I11 (19e arrondissement) au GHU Paris.
 
Depuis à présent un mois, l’activité reprend afin d’accompagner les patients dans cette période post-crise : «les parents et les enfants ont été très demandeurs de revenir au sein du CMP. L’application des gestes barrières est respectée lors de leur venue. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur le retentissement psychologique à plus long terme car beaucoup d’enfants sont encore quasi-confinés et les écoles n’ont pas totalement été réouvertes», rapporte Dr Noiriel.

L’après Covid-19 : des nouvelles mesures adaptées à tous les âges

Les gestes barrières représentent un point central dans les structures infanto-juvéniles, qui au sein du GHU Paris a défini une protocolisation spécifique, comme dans les autres spécialités de l’établissement.
Dès leur arrivée, patient et accompagnants doivent respecter des mesures adaptées à chacun : les parents, les adolescents et les enfants doivent impérativement porter un masque et se laver les mains (SHA). Pour les enfants d’âge maternelle et primaire (< 6 ans), le port du masque est facultatif mais l’auto-surveillance (avec prise de température notamment), de mise. Les professionnels, quant à eux, portent le masque et la visière, notamment pour ceux qui sont en contact avec les plus jeunes enfants.

Le prélèvements PCR chez les adolescents hospitalisés répond au même protocole que pour les adultes. Les visites sont autorisées dans le respect des gestes barrières : une personne peut venir une fois par semaine grâce au port du masque et lavage des mains. Les visites à domicile reprennent en cas d’impératif clinique et en adéquation avec les capacités de déplacement sécurisées des professionnels et de leur équipement : blouses, masques FFP2, …

Les hôpitaux de jour proposent désormais des accueils séquentiels de 1h à 1h30. Les tests papiers sont plastifiés pour les évaluations des enfants et adolescents par les psychologues, orthophonistes, psychomotriciens. Les groupes d’activité sont limités à 3 enfants maximum.
Une attention particulière est portée au bionettoyage : désinfection et aération des locaux, pas de peluches, ni de jouets en salle d’attente. Ces derniers sont autorisés lors des activités ou évaluations mais doivent être limités en nombre et lavables.

Comme dans les autres activités, la prise de rendez-vous a été réorganisée : la venue des professionnels, des parents et des enfants ou adolescents dans les structures de soins ambulatoires doit tenir compte des moyens de transport de ceux-ci et de leur sécurité sanitaire. Le bénéfice-risque est à évaluer pour chacun et la prise en charge de proximité est recommandée. Les téléconsultations restent encouragées lorsque la situation le permet. Le Dr Catherine Doyen, a d’ailleurs conduit une étude pilote appelé «projet PROMETTED» qui démontrait l’intérêt de la mise en place des téléconsultations et de la télé-expertise pédopsychiatrique, dans le cadre de la prise en charge des enfants autistes, dont l’intérêt se trouve encore décuplé dans les circonstances actuelles.  (en savoir plus).

Concernant l’accueil familial thérapeutique (AFT), des masques alternatifs et du SHA pour les familles d’accueil, pour les collégiens et les lycéens sont mis à disposition. Pour rappel, les AFT accueillent de manière provisoire des patients, suite à une hospitalisation en structure psychiatrique.

Perte d’un proche, phobies scolaires, angoisse de séparation : une période très singulière

Les professionnels de santé ont dû faire face à des situations spécifiques à la crise épidémique comme par exemple l’accompagnement d’un enfant touché par la perte d’un parent décédé du Covid-19.

Le Dr Jean Chambry, Chef du pôle 75I09 (7e/8e/17e) et coordinateur médical de la pédopsychiatrie du GHU a accordé une interview pour la Direction de l’Action Sociale, de l’Enfance et de la Santé (DASES) qui a édité le guide « décès d’un parent : comment accompagner les enfants suivis au titre de la protection de l’enfance » . Il y évoque ces enfants qui se retrouvent aujourd’hui orphelins d’un ou deux parents et qui sont confiés à un membre élargi de leur famille ou en famille d’accueil : «l'assistante familiale doit être prête à accompagner ce jeune comme dans une famille classique, en lui offrant des moments « rituels », centrés sur la mémoire du parent décédé. Il est important pour le jeune de se sentir dans un cadre familial qui l'entoure et le soutient dans ce moment difficile ». Il ajoute : « si le parent meurt du Covid-19, il faut pouvoir aborder les circonstances de sa mort, de la même manière que pour tout autre deuil. Il est néanmoins important de rester sur une vision «classique» du deuil, qui arrive à tous et en toute circonstance, sans faire du Covid-19 un élément particulier».

Le Dr Chambry rappelle que : «dans le champ de la protection de l’enfance, les professionnels doivent évaluer la possibilité pour l’enfant de vivre avec la famille ces moments de deuil sans être mis dans une situation de danger. Dans les situations dans lesquelles il n'y a aucun lien préexistant, vivre ces moments [le deuil] en famille n'est pas possible. ». Le rôle du pédopsychiatre est alors essentiel : « le professionnel doit anticiper, en ayant un lien avec la famille, pour savoir ce qui est possible et pas possible au regard des ressources familiales et de l'organisation mise en place autour de la mort du parent».

Dans le cadre de l’accueil d’un enfant en groupe, l’approche est différente : «l'accompagnement collectif, et pas seulement individuel, peut être aidant. Il peut se traduire de la manière suivante: « est ce que tu serais prêt à ce qu'on en parle dans le groupe, et si oui comment? ». Cela peut réactiver d'autres émotions chez d'autres jeunes accueillis mais est très fédérateur et permet de construire une solidarité et un lien de confiance au sein du groupe».

A l’inverse, de jeunes patients qui souffrent en temps normal d’angoisses de séparation ou de phobies scolaires ont vécu ce confinement comme une période de confort car ils étaient préservés de toutes les stimulations extérieures qu’ils vivent habituellement comme anxiogènes comme l’explique le Dr Cephise Noiriel: «Pour ces enfants, c’est la période du déconfinement qui est plus compliquée à appréhender. Il est à noter que dans certaines familles, la période du confinement a permis aux enfants de passer du temps avec des parents qu’ils voyaient peu à cause de leur travail. Elle a ainsi été vécue par certains comme une parenthèse apaisante.»

 


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