Neuro Sainte-Anne

Immersion post-déconfinement à Neuro Sainte-Anne

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Le pôle Neuro Sainte-Anne a été fortement impacté durant la crise épidémique. Depuis le lundi 11 mai, début du déconfinement, les services du pôle Neuro Sainte-Anne reprennent progressivement leurs activités grâce à la réorganisation de l’accueil des patients et à l’application de l’ensemble des mesures barrières. Et capitalisent sur les dynamiques collaboratives révélées par la crise telles que les interactions entre les différentes spécialités médicales au sein du GHU ainsi que l’élan commun des équipes au travail.

Depuis l’éclatement de la crise Covid, 171 patients atteints du Covid ont été hospitalisés au sein du GHU Paris, dont 82 au sein du Pôle Neuro Sainte-Anne, les autres cas concernant les unités dédiées en psychiatrie et les sites hors Paris. Les équipes se sont concentrées sur cette situation d’exception, tout en préservant l’activité « classique », impliquant des aménagements significatifs. La reprise d’activités constitue un nouvel exercice délicat, celui de l’anticipation et de la réversibilité, car les autorités sanitaires demandent que l’organisation d’urgence liée à un nouveau pic épidémique soit rapidement activable.

"De la même manière que la gestion de la crise du Covid-19 a été préparée, la décélération a également été organisée. On a anticipé notre reprise d’activité lorsque l’on a constaté que les unités de soins critiques se vidaient petit à petit sans l’arrivée de nouveaux patients. On a alors défini, en lien avec la cellule de crise, des grands principes de fonctionnement comme le test PCR systématique pour tout nouvel entrant et son isolement en chambre individuelle, jusqu’à la réception du résultat", nous explique Solenne Barat-Clerc, directrice déléguée du pôle Neuro Sainte-Anne.
Caroline Morhet, cadre du pôle Neuro Sainte-Anne ajoute : "les équipes  soignantes ont bénéficié de divers renforts ont bénéficié de divers renforts pendant l’épidémie notamment des collègues d’autres services du GHU ou des élèves infirmiers. Elles se sont senties soutenues aussi par l’élan de générosité des enseignes qui nous ont envoyé de nombreux cadeaux (déjeuners, produits de beauté, douceurs, etc, …)".

La prise en charge des patients Covid continue

Au plus fort de la crise, l’organisation du service de réanimation a été entièrement repensée. Le «désarmement» de ce dispositif est aujourd’hui progressif. Cependant, l’équipement a été laissé sur place afin que l’unité Covid soit à nouveau fonctionnelle en 2h maximum. Les chambres de soins intensifs «Covid» ont été regroupées dans une seule et même aile, celle de neurologie. "L’ensemble des mesures mises en place pendant la crise sont maintenues : équipement dédié, plateau-repas déposé devant chaque chambre et gestion adaptée des déchets", détaille Caroline Morhet. Les visites sont autorisées et limitées à une personne sous réserve de l’accord du médecin référent et deux personnes à titre exceptionnel, notamment en cas de fin vie. Ces mesures de précaution, également applicables, dans des conditions assouplies, aux cas non Covid, requièrent un accompagnement étroit de l’entourage par les équipes car elles sont émotionnellement exigeantes pour tous.

 

La sortie du patient peut être envisagée à J+10 à partir du premier symptôme, à l’issue de 48h d’apyrexie et en l’absence de besoin en oxygène. Si les patients sont asymptomatiques, ils peuvent sortir plus tôt avec des consignes de surveillance : inscription sur la plateforme Covidom (questionnaire et suivi quotidien au patient à distance), adoption d’un kit comportant une dotation de 8 jours en masque et en SHA, traitements médicamenteux si besoin et attestation SIVIC (système d’identification des victimes).
Caroline Morhet note "cette crise nous a rappelé à tous l’importance de l’hygiène dans nos services. Cela a remobilisé et sensibilisé les équipes sur les questions de bionettoyage."

Les prises en charge des autres services reprennent

Pour assurer la protection de chacun, l’accueil a entièrement été repensé : "le nombre d’accompagnants est défini selon les cas : si le patient présente des troubles cognitifs et ou psychologiques ou s’il présente un handicap particulier ; par ailleurs la circulation des entrants est désormais guidée". Le plateau ambulatoire de l’hôpital de jour a été aménagé au rez-de-chaussée distinguer les flux des patients présentant des symptômes Covid.

Dès le début de la crise COVID, le Pôle a poursuivi des interventions chirurgicales et actes interventionnels (radiologie interventionnelle…) dans le respect des consignes de l’ARS afin d’éviter toute perte de chances pour les patients.

"L’activité des ECT (électro-convulsivothérapie), a aussi pu perdurer, même pendant la crise, tout en étant redimensionnée" se félicite la directrice du Pôle. C’est le bloc de neuroradiologie interventionnelle qui a exceptionnellement accueilli la patientèle concernée.
Ici comme ailleurs dans d’autres hôpitaux, la crise a cependant impacté le recours au soin. A titre indicatif, le bloc a réalisé 50 opérations en avril contre 108 en même période l’an passé. L’heure est aujourd’hui au rappel des personnes dont les interventions avaient dû être différées. Comme à l’accoutumée, le service accomplit sa mission d’urgences, selon un circuit bien distinct.

L’activité des examens radiologiques et plateau médico-technique reprend à 50% hors urgences, HDJ et HDS, et hospitalisation classique qui sont prioritaires. Les appareils IRM sont à nouveau accessibles pour 38 patients maximum par jour sur les deux IRM ce qui correspond à 70% de l’activité habituelle. En stomatologie, des équipements de protection individuelle sont désormais mis à disposition, du fait de la proximité buccale qui engendre un risque de projections important.
En intra, la reprise d’activités rime également avec admissions en chambre individuelle, toutes unités confondues. Cette nouvelle donne imposée par la maîtrise du risque épidémique représente un élément de complexité certain à Raymond Garcin, dont seul 60% du capacitaire est en chambre simple.

En aménageant les espaces pour répondre à cette recommandation sanitaire, le taux d’occupation des lits atteint quasiment les 100%. Pour éviter toute perte de chance de nouveaux patients entrants, systématiquement accueillis en chambre seule, des scénarios alternatifs sont mis en œuvre des protocoles hygiéniques rigoureux.  

En ambulatoire : anticipation, gestion des flux

Dès leur arrivée dans le bâtiment dédié, les patients consultants, en ambulatoire, suivent un parcours délimité : seuls cinq patients à la fois peuvent accéder à l’accueil et une seule entrée dans la structure est ouverte, pour limiter les flux. A l’accueil : distribution de masque et lavage des mains (par solution hydro-alcoolique) puis questionnaire bref (anosmie – perte d’odorat, toux sèche, diarrhée, contact étroit avec un cas COVID confirmé ou possible). En fonction des informations transmises, le patient rejoint la salle d’attente ou un box covid dédié en cas de symptômes qui nécessiteront un test PCR. Les abords du modulaire qui accueille les consultations ont été aménagés pour l’attente des accompagnants et des patients en avance.

Les plages de consultations ont été modifiées : au maximum 10 praticiens sur une même demie journée et 5 patients maximum par demie journée par médecin. Chaque consultation dure 20 minutes et tient compte du temps imparti au bionettoyage. Les salles d’attente sont limitées à 10 patients. Jusqu’à nouvel ordre, les anesthésistes ne consultent pas sur place mais recourent à la télémédecine pour évaluer les dossiers. Une pratique auquel les équipes d pôle sont déjà aguerries et qui a pris un essor considérable durant la phase aigüe du Covid : "en mars les professionnels ont réalisé 320 téléconsultations, un chiffre qui a plus que doublé au mois d’avril : 652 !" relève la directrice du pôle. A présent, la plupart des équipes administratives ont repris le chemin du travail présentiel.

Au sein de l’unité mémoire et langage, l’activité clinique est maintenue sur site en présentiel, bien que la téléconsultation (ou téléphone) soit à privilégier. Les durées des consultations sont augmentées selon plusieurs temporalités (comme dans le cas des patients qui se voient annoncer un diagnostic par exemple et nécessitent davantage d’interaction avec le médecin) ; ceci afin de fluidifier les enchaînements de patientèles.

Un résultat positif de la crise : l’alliance psychiatrie et neurosciences renforcée

Durant le pic épidémique, "nous avons travaillé main dans la main avec les services de psychiatrie et cela a étayé durablement nos liens" se félicite Solenne Barat-Clerc. Le Dr Corinne Launay, psychiatre au sein du pôle 16 et en charge de l’organisation d’une psychiatrie de liaison avec les neurosciences évoque une «très belle collaboration des psychiatres avec les neurologues, les neurochirurgiens et les réanimateurs. Cette psychiatrie de liaison a été mise en place avec l’aide du pôle 15. Nous avons rencontré directement les patients dans les unités Covid de soins critiques ou de la réanimation du Pôle neuro Sainte Anne, au total une vingtaine.» Le dispositif, acté en cellule de crise, a été activé durant les 8 semaines de crise épidémique.  « Il consiste à accompagner la prise en charge de patients Covid atteints de troubles psychiatriques et subissant une décompensation respiratoire nécessitant leur hospitalisation à Neuro Sainte-Anne, explique la psychiatre.  "Il a fallu assurer le lien entre les services adresseurs (nombreux étant ceux du GHU et des unités Covid de Bichat, du Pavillon K de Sainte Anne, d’Henri Ey, ou encore de Perray) pour collecter les antécédents du patient, se mettre en lien avec sa famille, et adapter les traitements médicamenteux, car certains d’entre eux étaient contre-indiqués dans le cas du Covid-19. Puis, ensuite, nous avons organisé la sortie ces unités COVID en lien avec les secteurs de psychiatrie concernés ou les unités Covid psy du GHU".