Reportage

[Initiative] Santé mentale et Covid 19 : une alliance ville-hôpital dans les 8e & 9e

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Durant le confinement, les stratégies de liaison et de suivi distanciel ou non des patients connus ont été globalement efficaces dans les services de secteur de psychiatrie, selon les professionnels. Mais comment aller au-devant des personnes qui n’y ont pas recours habituellement et chez qui le contexte de crise actuel a fait surgir des difficultés d’ordre psychologique significatives ?

«En s’appuyant sur la culture de secteur, fondée sur la prévention et la destigmatisation», recommande le Dr Alexandre Christodoulou, Chef du Pôle 8e&9eme arrondissements du GHU Paris. L’idée étant d’anticiper une demande multiforme avec comme dénominateur commun l’émergence d’un stress aigu susceptible, en l’absence d’aide, de dégénérer en troubles psychique. Le deuil d’un proche atteint du Covid, la menace d’une perte d’emploi, la peur de contracter ou de re-contracter le virus, une pression domestique liée aux bouleversements de services de garde et d’appuis sociaux : les cas potentiels sont nombreux. «On sait que les quarantaines sont généralement suivies d’effets d’appels de la part de la population. D’où l’enjeu d’être proactif» explique Marie Chollier, psychologue au CMP Bucarest.

Cette préoccupation est partagée par le Conseil Local de Santé Mentale du 8ème arrondissement, qui a soutenu la proposition du Pôle de créer une permanence locale de soutien à destination des habitants. Les responsables du pôle ont alors sollicité directement les Mairies du 8ème et du 9ème, les bassins de population couverts par les secteurs en question. «Leur accueil a été enthousiaste et très réactif» se félicite le Dr Christodoulou. C’était important à nos yeux de proposer cette offre « d’aller vers» dans un environnement neutre et rassurant pour les gens, tel que la Mairie». Cette tactique permet de toucher des individus qui ne connaissent pas le dispositif psychiatrique ou ont des réticences à y recourir, tout en les sensibilisant et en les amenant vers cette offre s’ils en ont besoin.
En pratique, le pôle dispose de locaux laissés vacants en raison du déconfinement progressif dans chacune des municipalités pour assurer une permanence de quelques heures, un jour donné chaque semaine, sur rendez-vous programmable par téléphone ou par mail. Le premier entretien a lieu par téléphone ou en présentiel et peut se renouveler jusqu’à trois reprises.

Selon la situation de l’appelant, une orientation vers le CMP, vers un groupe de paroles créé pour l’occasion et s’appuyant sur la pair-aidance, vers un médecin généraliste ou vers tout tiers utile est proposée. Les entretiens, anonymes, sont réalisés par les personnels psychologues du CMP. «On se situe dans le registre du counselling, de l’aide centrée sur la personne, en lui proposant directement un soutien adapté au cas par cas, visant à lui permettre d’activer des ressources pour dépasser l’impasse ou les difficultés dans lesquelles elle se trouve.»

Une intervention brève, afin que les angoisses contextuelles ne s’amplifient pas et ne nécessitent pas de prise en charge à moyen ou long terme.
L’initiative débute dès le 25 mai et sera opérante l’espace de deux mois. Une campagne de communication conjuguant les ressources des Mairies et du GHU se déploie actuellement auprès des habitants.

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