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L’après-Covid des enfants : gérer le stress post-traumatique et la dépendance aux écrans

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«Les enfants sont souvent le dernier maillon de la chaîne. Ils vivent par procuration les angoisses des parents […] d’autant que leurs corps confinés ne trouvent plus de prolongements dans l’espace pour exprimer leur agitation intérieure […]», analyse le Dr Catherine Zittoun, pédopsychiatre et chef de Pôle du secteur 75I11 (18e) au GHU Paris.

Dr Zittoun a participé à l’ouvrage : Du confinement au déconfinement : nouvelles perspectives en pédopsychiatrie qui revient sur les conséquences psychologiques de la crise sanitaire et les réponses à apporter pour prévenir et traiter les effets immédiats et à long terme.

Les troubles psychiatriques de l’enfant provoquent de l’inquiétude chez les parents : « l’angoisse du parent activée par le trouble psychique de l’enfant, le pousse à plus de confinement dans sa relation à l’enfant », explique le Dr Zittoun. « Des troubles précoces de la relation parent-enfant, des psychopathologies parentales induisent chez l’enfant des troubles divers, des troubles du lien, se manifestant par de l’agrippement, une relation fusionnelle qui exclut tout autre. Cela fait partie de notre quotidien de pédopsychiatres et préexistait au confinement. »

Le confinement a brouillé les repères des relations parents-enfants

La situation exceptionnelle que nous venons de vivre a pu ainsi renforcer des symptômes pré-existants : «l’angoisse est vecteur d’agrippement. Au-dessus d’un gouffre, sans mots et sans ressources, on se tient très fort pour ne pas sombrer. Et parent comme enfant dans cette relation asphyxiante se débattent et font tanguer davantage l’équipage embarqué sur une mer démontée.»

Le phénomène actuel a pu modifier les comportements, jusqu’à redéfinir les rôles de chacun : «Certains évènements dans la vie d’un individu, d’une famille, provoquent des régressions psychiques et comportementales et cet évènement est de taille, d’autant qu’on est condamné à vivre ensemble 24h/24 à l’exclusion de tout tiers réel. Nous nous attendons à devoir travailler sur les dynamiques familiales. Enfermés ensemble jour et nuit, les membres d’une famille retrouvent les rôles qui leurs sont naturellement attribués et dont les effets peuvent être habituellement tempérés par l’intervention du corps social».

De nombreux parents ont également eu recours aux écrans pour occuper leurs enfants : «Nous nous attendons aussi à des états de stress post-traumatique et à un surcroît de dépendances face aux écrans et plateformes numériques. Combien de parents ont ainsi été amenés depuis des semaines à céder sur les temps d’écran pour obtenir du répit ! Au point de crises de manque dans le sevrage, au point d’abandonner la partie.»

Dr Cephise Noiriel, praticien au sein du CMP Lisbonne du 8ème arrondissement du secteur 75I03. confirme qu’« il y a eu des temps d’écrans très important et notamment  les jeux-vidéos en ligne. Nous avons observé une perte des repères permettant de structurer le temps, ainsi que des repères relationnels extérieurs.  Toutes les activités se déroulaient dans un même espace réduit ce qui a pu accentuer les tensions. »

Des situations préoccupantes que le récent assouplissement des conditions d’accueil des enfants tant en milieu scolaire que collectif ne suffira pas à conjurer. Mais les services de psychiatrie sont mobilisés pour accueillir les personnes, familles et enfants, en détresse psychique.