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Personnes dépendantes & Covid : le site du Perray

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Lors de l’éclatement de la crise sanitaire, on sait peu de choses du virus Covid 19. Mais le risque qu’il représente pour les personnes avec des pathologies chroniques, somatiques significatives et des fragilités immunitaires notamment liées à l’âge est identifiée. Au sein du GHU, sur le site de Perray, dont les résidents et patients présentent des tableaux cliniques semblables, on s’apprête à traverser une crise qui va mobiliser les équipes à chaque instant.

Reportage avec Dr Brigitte Ouhayoun, Chef du Pôle Psychiatrie, Dépendance, Réhabilitation, Maxime Plusquellec, Cadre du Pôle et Laure Nguyen, Directrice des activités médico-sociales.

 

Le site de Perray-Vaucluse a été spécifiquement confronté au Covid-19, compte tenu de la vulnérabilité des résidents et patients hébergés. Pour rappel, ce site regroupe :
-    Une structure psychiatrique adulte du Pôle Psychiatrie Dépendance et Réhabilitation : l’Unité Ariane
-    Deux structures médico-sociales : la Maison d'Accueil Spécialisée (MAS) La Gilquinière, et l’Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD) du Perray

Le Plan Blanc a été déclenché dès la mi-mars, au commencement de la propagation du virus. Pour les structures médico-sociales, c’est son versant, le plan bleu qui est activé simultanément. L’équipe médicale et paramédicale ont alors décidé de se réunir chaque matin, pour partager et mettre en place les nombreuses recommandations de l’ARS, alors même qu’apparaissaient les premiers symptômes chez les résidents, patients et soignants dans les trois structures (Ariane, MAS, EHPAD).
Une double priorité se profile alors : prendre en charge les résidents et patients atteints du coronavirus et protéger les autres. Maxime Plusquellec retrace la chronologie sur le site : « Dès la mi-mars, nous avons eu nos premiers résidents et patients positifs. Certains soignants commençaient également à ressentir les symptômes. La prise en charge des résidents et patients positifs nous a demandé l’application de protocoles d’hygiène très stricts. La charge de travail s’est alors alourdie dans chacune des trois structures, alors que l’absentéisme du personnel augmentait. Nous avons alors décidé de concentrer la prise en charge des résidents et patients diagnostiqués covid + dans une seule unité et avons fait le choix d’Ariane. Pour cela nous avons testé l’ensemble des patients d’Ariane, et les transferts des patients et résidents concernés ont pu ainsi démarrer ».


En effet, face à l’augmentation du nombre de cas dans les premières semaines, une réflexion a été menée entre l’intégration de zones Covid + directement situées dans les structures ou le regroupement des résidents et patients dans une des trois unités. Les équipes ont opté pour la dernière option et l’unité Ariane a ainsi été choisie en raison de sa configuration architecturale. Progressivement l’ensemble des résidents de l’EHPAD et de la MAS ont été testés ; pour ceux dont le résultat était positif, ils étaient donc transférés vers l’unité Ariane, et pour les autres non porteurs du virus, ils étaient hébergés de manière temporaire dans d’autres structures : l’EHPAD et la MAS sur le site, ainsi que l’unité d’hospitalisation prolongée à Neuilly-sur-Marne. La collaboration avec le pôle Neuro Sainte-Anne et les hôpitaux généraux de proximité ont marqué également cette période, en acceptant le transfert de certains résidents et patients covid+ présentant des signes de gravité.
Laure Nguyen ajoute que « la suspension des visites et des sorties, le confinement en chambre des résidents et des patients, puis la prise des repas en chambre pour ces derniers, ont été compliqués à expliquer et à comprendre pour les résidents. Les intervenants paramédicaux (comme les kinésithérapeutes) et sociaux (comme le coiffeur ou ceux chargés de certaines activités : poterie, théâtre…) avaient dû interrompre leurs venues sur les structures. Le quotidien des résidents a alors été bouleversé, mais ils ont fait preuve d’une grande patience. Les médecins, l’encadrement et les équipes de chacune des structures se sont alors particulièrement impliqués et ont pris le temps de leur en expliquer les raisons et de les rassurer. »
Le Dr Brigitte Ouhayoun nous raconte l’annonce de ce confinement aux résidents : « Nous les avons invités à regarder les allocutions présidentielles afin qu’ils se sentent associés dans les choix que nous devions prendre. Ce n’était pas une mesure contre eux mais bien une décision collective, pour le bien commun et on les remerciait de s’impliquer. Bien sûr, il y a eu ensuite un travail pédagogique autour de cette notion. » ; et ajoute : « Alors que les résidents voyaient leur environnement évoluer, notamment par le port de tenues dédiées et du matériel de protection des soignants, les infirmiers psychiatriques se sont réappropriés les gestes techniques et médicaux liés aux soins de ces patients. »
« Le Professeur Michel Wolff et le Docteur Philippe Niel, référents Covid du GHU Paris nous ont été d’une aide précieuse. Nous avions régulièrement des questions techniques et nous avions besoin de réponses concrètes. », explique Dr Ouhayoun.  « Les connaissances sur ce virus évoluaient de jour en jour, nécessitant d’adapter régulièrement nos pratiques en conséquence. » « Le Pr Wolf et le Dr Niel étaient à notre écoute et nous ont toujours apporté des réponses concrètes à nos questionnements, ajoute M. Plusquellec, notamment sur les durées d’hospitalisation ».

 

Laure Nguyen conclut en soulignant « la très belle solidarité et entraide entre les équipes soignantes, logistiques, techniques et administratives sur le site ainsi qu’au niveau du GHU. Grâce aux renforts internes en personnel (IFSI, IFCS et service sanitaires du GHU) puis via le programme MedGo, des soignants de toute la France sont venus prêter main forte aux structures su site. Un hébergement a même été ouvert sur site pour les personnels soignants. A ce jour, les patients ont pu, en grande majorité, regagner leur lieu de vie. L’équipe a été très volontaire tout au long de la crise et nous les remercions pour leur investissement et leur implication. »
Depuis une semaine, l’EHPAD et la MAS sont équipés de tablettes pour communiquer avec les familles. Le lien était alors assuré par email et par téléphone par l’équipe soignante. Les visites des familles et des proches des résidents sont à nouveaux autorisées, certes dans un cadre très strict, mais ont permis de renouer avec l’extérieur. Les équipes paramédicales pourraient revenir dans les jours à venir.


Une adaptation qui a donc fait ses preuves et se réorganise à nouveau à l’heure approchante du déconfinement. Et une mobilisation qui ne faiblit pas, consciente des répliques probables dans les semaines ou mois à venir.