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[Recherche scientifique] TCA et stimulation cérébrale : le point sur les nouvelles thérapeutiques

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Une revue sur l’état des connaissances concernant les différentes techniques de stimulation cérébrale dans le traitement des troubles du comportement alimentaire a été co-écrite par les équipes de la Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale et le Pr Sébastien Guillaume, psychiatre au CHU Montpellier. Ella a été publiée dans Journal of Clinical Medecine en juillet 2020.

Les techniques de neurostimulation face à la résistance aux traitements actuels

Les troubles du comportement alimentaire (TCA) regroupent à la fois l’anorexie mentale, la boulimie et l’hyperphagie boulimique : «ils ont une place à part dans l’éventail thérapeutique. Par exemple, concernant l’anorexie mentale, aucun traitement médicamenteux n’a été validé en dehors de l’aspect purement nutritionnel.», relate le Dr Philibert Duriez, chercheur au sein de la CMME. Les équipes médicales sont quotidiennement confrontées à des situations de résistance : « Face à l’immense sollicitation des patients et des familles, il est indispensable de proposer des traitements innovants basés sur des hypothèses neurofonctionnelles de plus en plus précises ».

LES TECHNIQUES NON-INVASIVES
1ère méthode : rTMS
La rTMS (stimulation magnétique transcranienne) : elle consiste à appliquer un champ magnétique à la surface du crâne afin de moduler l’activité du cortex cérébrale. Cette technique non-invasive, c’est-à-dire sans acte chirurgical, est la plus testée avec le meilleur niveau de preuves dans les troubles alimentaires.
Elle est utilisée et validée en psychiatrie, notamment dans le traitement des dépressions. Or, il est fréquent qu’un épisode dépressif soit associé au trouble alimentaire. Dans ce cas, elle doit être traitée en prenant en compte l’aspect alimentaire comme les carences associées aux TCA. Les dépressions dans l’anorexie mentale sont moins bien traitées car les traitements moins bien tolérés (les effets secondaires peuvent être plus significatifs) et les carences limitent l’action des antidépresseurs. Le développement de traitement non médicamenteux est donc fortement encouragé. Contrairement à certaines idées reçues, l’anorexie mentale est une maladie psychiatrique associé à un fort taux de mortalité chez des sujets souvent jeunes.
Premiers résultats

Les équipes ont observé un effet positif sur l’envie irrépressible (craving) de crises pour les personnes souffrant de boulimies et une amélioration des processus de prise de décision. Concernant l’anorexie mentale peu d’effets ont été observés sur les principaux symptômes et la prise de poids. Cependant la rTMS semble améliorer la flexibilité dans les choix alimentaires. De nouvelles sont en cours pour cette technique de stimulation.

2ème méthode : tDCS
Cette technique de stimulation également non invasive consiste à délivrer un courant électrique continu de faible intensité à une partie du cortex cérébral. Ce dispositif est très bien toléré, peu couteux et facile à disposer, il est par exemple par certains joueurs de jeux vidéo pour augmenter leurs capacités attentionnelles.

Premiers résultats

Les seuls essais contrôlé randomisés ont été réalisés essentiellement pour des patients souffrant de boulimie et d’hyperphagie boulimique mais portaient à chaque fois sur une seule session de stimlulation. Les premiers résultats sont modestes mais porteurs d’espoir car la technique est facilement implémentable dans la prise en charge sans aucun effet secondaire. Des effets positifs ont été observés sur les pensées liées aux crises et sur l’humeur. Des essais contrôlés sont attendus pour l’anorexie mentale pour laquelle les premiers essais ouverts semblent favorables.

3ème méthode : La sismothérapie

Cette technique qui consiste en l’induction d’une crise comitiale généralisée par l’application au cerveau d’un courant électrique entre deux électrodes placées sur le crâne est le traitement le plus efficace de la dépression, réservée principalement aux formes résistantes aux traitements. Ce traitement a été appliqué à des situations de dépression associée à une anorexie mentale et de récentes publications (séries de cas) montrent une excellente tolérance et une efficacité de la sismothérapie. L’amélioration porte principalement sur l’humeur mais semble permettre une amélioration des symptômes alimentaires et une prise de poids. En l’absence de dépression associée la sismothérapie n’est à ce jour pas indiquée pour traiter l’anorexie mentale.

LES TECHNIQUES INVASIVES

4ème méthode : la stimulation cérébrale profonde (DBS)

L’implantation d’électrodes de stimulation dans des structures profondes du cerveau reliées à un boitier implanté sous la peau permet une neurostimulation très ciblée de régions inaccessibles aux technique de stimulation externes. Cette technique a démontré son efficacité d’abord dans la maladie de Parkinson puis dans le traitement du Trouble Obsessionnel Compulsif. Il a déjà été démontré un grand nombre de symptômes en commun entre les TOC et l’anorexie mentale et une grande similarité sur le terrain de la vulnérabilité génétique.Depuis dix ans cette méthode est proposée dans des situations d’anorexie mentale sévères et résistante. Cinquante-huit cas ont été publiés à ce jour avec des résultats globalement favorables sur la prise de poids et la qualité de vie. Une étude est en cours au sein du GHU , fruit d’une collaboration entre la CMME et le service de neurochirurgie, permettant de proposer aux patients en situation de résistance aux traitements de bénéficier de cette nouvelle approche thérapeutique depuis 2019. La cible anatomique est le noyau accumbens, une structure profonde impliquée dans le système de récompense.

La neurostimulation : des recherches sur-mesure ?

L’intérêt de cette revue, au-delà de présenter un panorama général, est de s’interroger sur l’avenir de ces nouvelles méthodes. S’ouvrirait alors la possibilité d’appliquer l’une ou l’autre technique de stimulation en fonction des profils personnalisés et non uniquement du diagnostic.
Cette nouvelle approche est en cours au sein de centre expert TCA de la CMME au GHU Paris en appliquant la méthodologie suivante :

  • Etablissement de profils les plus précis possible des patients sur les plans neurocognitifs, émotionnels et métabolique permettant de définir des sous-groupes homogènes de patients
  • Articulation de ces méthodes avec les soins psychothérapeutiques.
  • Personnalisation et suivi des paramètres de stimulation : sous-régions de la structure cible, intensité, fréquence, durée d’impulsion

Cette approche repose sur la collaboration de psychiatres, de chirurgiens, de neuro radiologues, d’anesthésistes, de neuropsychologues, de neurologues et de neurophysiologistes, et révèle l’intérêt de l’alliance pluridisciplinaire autour du cerveau propre au GHU Paris.

>> Lien de l’étude : Brain Stimulation in Eating Disorders: State of the Art and Future Perspectives