Rencontre

Suzanna Demigny, élève infirmière, en immersion au sein d'une unité Covid

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Face à l’urgence sanitaire de ces derniers mois, des élèves infirmiers des Instituts de Formation en Soins Infirmiers sont venus en renfort au sein des unités Covid.
Suzanna Demigny, étudiante en 3ème année de l’IFIS Perray-Vaucluse à Epinay-sur-Orge a été mobilisée dès le début de la crise. Elle revient sur cette période unique, entre le désir de répondre à sa vocation et la peur de ce virus mal connu et nous emmène en immersion dans l’unité Covid d’Ariane, sur le site du Perray.

Qu’est-ce qui vous a le plus motivé à venir aider les équipes en place ? Des appréhensions ?

A l’annonce du confinement et des mobilisations soignantes dans les structures de soins, je me suis préparée à être appelée en renfort. Je dirais que c’est le « besoin » des équipes qui m’a motivé. J’ai donc transmis mes coordonnées et ma situation à l’IFSI, afin que l’ARS recense ces informations. Il n’y a pas eu de déclic, seulement un enchainement d’évènements avec, en perspective, mon rôle et mon engagement en tant que future professionnelle de santé.  
Je parlerais plutôt d’angoisse que de peur. L’angoisse est semblable à la peur, mais s’en distingue car le danger qui la caractérise reste indéterminé. C’est précisément cette inquiétude un peu floue ressentie à l’annonce de mon renfort ; l’angoisse de ne pas avoir les compétences pour m’occuper des patients, d’arriver dans un service inconnu et de me protéger contre un virus dont la connaissance nous est limitée. Ensuite, l’anxiété de mes proches et la crainte de leur transmettre le virus m’ont envahie. C’est en intégrant l’unité COVID que j’ai ressenti, cette fois-ci, de la peur ; en voyant les patients, les mesures de protection et les émotions des soignants, le danger est devenu réel.

Racontez-nous une journée type dans une unité Covid

J’ai effectué un renfort d’équipe la nuit. L’unité accueillait une vingtaine de patients présentant des pathologies psychiatriques et positifs au COVID. Ils ont entre 30 et 90 ans et les pathologies sont variées : schizophrénies, psychose maniaco-dépressive, démence…
La journée débutait à 20h et se terminait le lendemain à 8h. Après les transmissions avec l’équipe de jour, nous effectuons un premier tour des chambres ; nous délivrons les traitements psychiatriques et mesurons les paramètres vitaux de l’ensemble des patients. Les patients sont confinés à l’intérieur des chambres, la contrainte de l’isolement sceptique est difficile à vivre pour les patients en premier lieu mais aussi pour les soignants.
Certains ont des difficultés à supporter le confinement, d’autres sont angoissés, d’humeur triste, ou encore en colère. L’équipe soignante a apporté une attention particulière sur la manière dont chacun vivait cette période lors de discussions formelles ou informelles au sein du service, dans les chambres ou dans le couloir quand la situation le permettait. Par exemple, lors de notre arrivée le soir, nous prenions une tisane avec les patients pour discuter de ce qu’ils ressentaient. Les transmissions écrites spécifiaient l’état psychologique, en plus du somatique.
Sur le plan somatique, ils sont pour la plupart stables : nous surveillons les symptômes caractéristiques du virus pour les pallier si nécessaire. L’hyperthermie et la dyspnée sont les principaux symptômes retrouvés chez les patients de l’unité. Nous administrons de l’oxygène et des antipyrétiques si besoin. Nous surveillons les patients toutes les deux heures. Les chambres ne disposent pas de sonnette, nous restons donc attentives aux sollicitations des patients durant la nuit. A 6h du matin, nous réalisons un second tour des chambres et prenons une nouvelle fois les paramètres vitaux. Les soins réalisés sont tracés et les transmissions inter-équipe se déroulent à 7h45.

Que retenez-vous de cette expérience ?

C’est une expérience exceptionnelle qui m’a permis de me professionnaliser. Je resterai marquée par la souffrance physique et psychique des patients confinés, par certaines aggravations de la maladie, les transferts en réanimation, les morts brutales. Je me souviendrai aussi de l’urgence émotionnelle des soignants, des pleurs parfois et de la fatigue. C’est un peu comme une immersion au sein d’un environnement dangereux pour soi et pour les autres, une période « particulière » qui fait maintenant partie de mon histoire de vie.

 


 

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