Immersion post-déconfinement en psychiatrie adulte

Depuis une petite quinzaine de jours, les services du GHU Paris se sont attelés à la « reprise d’activités » permettant de rendre compatible la gestion du risque épidémique avec un retour progressif aux soins thérapeutiques, jusqu’ici concentrés sur l’urgence, l’hospitalisation et la liaison, en grande partie à distance. La cellule de crise du GHU Paris a fixé un certain nombre de principes généraux à appliquer, inspirés des directives nationales, grâce aux recommandations de groupes de travail locaux MCO, psychiatrie adulte, infanto-juvénile, addictologie, et médico-social. Chaque groupe a élaboré des vademecums prenant en compte différents scénarios : celui d’une épidémie maîtrisée, d’un rebond, d’un reconfinement. Aujourd’hui, focus sur la psychiatrie adulte !



 

Globalement, l’activité en psychiatrie a décru : comme en médecine générale, le recours aux soins s’est « suspendu », par observation des règles nationales de maintien à domicile et sans doute de craintes de contamination. Depuis quelques semaines, le rythme reprend crescendo, ce qui permet aux équipes de réadapter leur organisation sans précipitation. Il semble que globalement le travail de secteur ait permis de limiter l’effet « perdu de vue » : le lien avec les patients a été maintenu par d’autres biais.

Soins ambulatoires : respect de la distanciation sociale, mais rapprochement thérapeutique.

Les Centres Médico-Psychologiques, qui sont restés à l’avant-poste de l’offre ambulatoire en phase Covid sont mobilisés pour assurer les soins tout en protégeant les patients. Les accueils sont équipés de masques et de solutions hydro-alcooliques.  Chaque nouvel entrant doit ainsi porter un masque, se désinfecter les mains et respecter la distanciation d’un mètre minimum avec toute autre personne.

Lorsqu’un patient a des signes évocateurs du Covid, il est isolé dans un espace dédié (sas, bureau) pour une évaluation clinique infectieuse.  Afin d’accueillir au mieux les visiteurs, les horaires sont adaptés pour éviter des salles d’attente trop denses. Les téléconsultations sont toujours conseillées (un équipement caméra par CMP est installé) et une permanence sociale alternant présentiel et télétravail est assurée. Thierry Gallarda, Chef de service au sein du Pôle 16e, décrit ainsi l’organisation des consultations : «La veille de chaque consultation, la secrétaire confirme aux patients leurs RDVs, la nécessité de ne pas venir accompagnés sauf si impératif. Nous nous assurons également de leurs modalités de transport, notamment pour ceux qui sont véhiculés en ambulance car le risque est alors qu’ils demeurent le temps du retour de l’ambulance dans la salle d’attente (les ambulanciers sont tenus de rester dans l’enceinte de l’établissement et joignables). Tous les consultants sont invités à venir « masqués, dans les rares cas où ils ne le sont pas (1 sur 5 environ), nous leur mettons à disposition un masque. »

Dans les hôpitaux de jour, qui ont dû interrompre leur accueil ces derniers mois, même protocolisation : «Nous avons redisposé les mobiliers, remisé babyfoot et table de ping pong, espacé les fauteuils, détaille Barthélémy Blosse, infirmier à l’HDJ Pouchet et au CATTP Lebouteux dans le 17ème. Les plages horaires d’accueil des patients ont été réévaluées : à l’issue du point d’équipe matinal, une dizaine de patients est reçue entre 11h30 et 15h pour des activités de groupe, le repas collectif patients & soignants, et de nouveau des groupes thérapeutiques ensuite. Le nombre de participants est limité à 10 personnes, alors qu’en temps normal l’HDJ reçoit en moyenne 15 à 25 patients par jour. » Dans ces structures, les prises en charge individuelles et en petits groupes doivent en effet être favorisées avec évaluation du bénéfice–risque. La dynamique thérapeutique de groupe se trouve évidemment impactée pour autant « l’ambiance générale est bonne, note Barthélémy Blosse. Les patients ont dans leur ensemble bien supporté le confinement et son repli social imposé, mais sont néanmoins contents que les activités reprennent. Ils observent de manière tout à fait efficace les mesures barrière ; signe également que les messages de prévention que nous leur adressions par téléphone ont porté. Au final ce sont davantage nous, les équipes, qui appréhendions la complexité des protocolisations d’hygiène ! mais cela se fait de manière bien balisée, avec mise à disposition de masque et de gel, et prise de température si nécessaire. On ne se sent pas en insécurité. » Ce qui contribue à rassurer dans ce lieu de soins par exemple, c’est aussi l’absence de dépistage positif jusqu’ici, reflétant la tendance globale, avec un faible nombre de consultants infectés.

Point focal dans les consignes Covid, les services de bionettoyage œuvrent quotidiennement pour l’ensemble des structures mais chaque bureau ou poste de soins est sous la responsabilité du ou des professionnels qui l’occupe.

Dans les centres spécialisés comme le Centre d’évaluation des troubles psychiques et du vieillissement, la reprise officielle est aussi bien encadrée. Dr Thierry Gallarda, également responsable du Centre d’Evaluation des Troubles Psychiques et du Vieillissement du GHU Paris, détaille : « Nous avons repris une activité mixte, en présentiel et en téléconsultation mais l’ensemble de l’équipe est désormais sur place afin de s’adapter à ces deux modes de consultations. Les patients habituels de la file active ont été largement soutenus en téléconsultation tout au long de la période de confinement. La demande de la plupart est désormais de pouvoir faire un point au moins intermédiaire quitte à alterner. Il faut être conscient que, durant cette période, les séniors ont particulièrement souffert de la communication qui a été faite concernant leur fragilité, leur mortalité, leur sort dans les Ehpads et aussi de leur rupture parfois totale avec leurs familles, parfois de manière excessive. Cet isolement a pour certains précipité une décompensation, un glissement dépressif… »
Les patients considérés à risque, du fait de leur âge mais aussi de leurs pathologies somatiques, bénéficient justement d’un suivi particulier « Nous leur réservons des plages spécifiques pour des entretiens individuels, explique Barthélémy Blosse, ou une visite à domicile hebdomadaire, avec l’équipement requis. » Pour mémoire, les visites à domiciles relèvent d’une indication médicale et implique que les professionnels soient munis d’un masque FFP2.

Dedans / dehors, intra/extra : le lien social à l’épreuve du Covid

Lors d’une admission en hospitalisation, le patient est dépisté (PCR) puis admis en chambre simple. Si ce dernier refuse le dépistage alors que l’indication d’hospitalisation psychiatrique est maintenue, l’isolement sanitaire en vigueur est observé. Fabienne Royer, cadre de pôle du secteur 75G26 dans le 19e confirme qu’en intra « les équipes médicales et para médicales sont à nouveau au complet mais l'accueil des patients a été entièrement réorganisé. Ils sont testés dès leur arrivée et sont confinés dans une chambre située dans un espace dédié jusqu’au résultat du test. Cela a porté ses fruits car nous n’avons, pour le moment, aucune nouvelle contamination depuis le déconfinement. La circulation des patients à Lassalle a été étudiée afin que les équipes des 4 étages ne se croisent pas lorsqu’elles accompagnent ces derniers lors des sorties dans le jardin. »

Bonne nouvelle ! Les visites sont désormais autorisées sur avis médical, mais elles sont limitées à une personne dans le respect des mesures barrière. « Sur indication médicale une personne est autorisée à la fois dans une pièce dédiée durant 30 minutes. Toutes les zones de contact sont ensuite désinfectées » confirme Fabienne Royer. A nouveau des permissions sont autorisées lorsqu’elles portent sur des actions de réinsertion et de réhabilitation. Dans ce cas, le port du masque est bien évidemment obligatoire.
« Ce qui nous pèse, remarque Barthélémy Blosse, c’est que notre cœur de métier, la réhabilitation psychosociale, consiste à aider le patient à aller vers la cité  ; avec les restrictions de circulation, cette démarche réinsérante est actuellement encore entravée, les sorties accompagnées ne peuvent pas encore reprendre. On y retravaille « dans les murs » Un paradoxe qui impose de repenser les choses en attendant une possible reconquête des espaces urbains, et où le virtuel prend le dessus. Il faut innover !
«Nous sommes en train de recenser tous les patients qui ont un outil numérique (téléphone, ordinateur, internet, …) afin de remettre en place les groupes d’activité à distance, un blog devrait voir le jour
» énumère Fabienne Royer. Au CATTP Lebouteux, c’est un blog qui se profile, dans le cadre d’un travail d’équipe impliquant aussi les compétences des services de la communication et de l’informatique.

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Prochain épisode des reportages sur la reprise : neurosciences !

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